Il ne faut jamais crier victoire trop tôt… C’est ce que doivent penser aujourd’hui les dirigeants de Youtube. Trois jours à peine après qu’un jugement d’Ankara permit au site de partage de vidéos de revenir dans le paysage numérique turc, une nouvelle affaire de censure vient de frapper le site internet.
Rappel des faits : en 2007, Youtube avait été bloqué suite à une plainte déposée par un particulier, jugeant certaines vidéos et, par ricochet, le site dans son ensemble « irrévérencieux » à l’égard de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur et premier président de la République turque.
Youtube avait ainsi été bloqué en Turquie pendant près de trois ans.
En fin de semaine dernière, à la faveur d’une nouvelle décision judiciaire, Youtube était à nouveau disponible en Turquie. Un jugement salué par la communauté internationale, et plus précisément l’Union Européenne dont, rappelons-le, la Turquie souhaite devenir membre.
Patatras. La censure turque vient de frapper à nouveau le site filial de Google, décidément acteur bien malgré lui des affaires de censure sur le Web les plus retentissantes.
Au fond, rien de surprenant : la décision du tribunal d’Ankara, intimant l’accès possible à Youtube depuis la Turquie, ne reposait que sur la constatation de la suppression des vidéos incriminées en 2007. D’autre part, la question de la censure sur internet en Turquie restait posée dans la mesure où elle atteint des proportions inquiétantes et touche plusieurs milliers de sites web. En effet, selon certaines associations de défense des droits de l’Homme, ce sont plus de 5.000 sites internet qui seraient ainsi bloqués aux portes numériques de la Turquie.
En effet, la censure s’inscrit très officiellement dans la législation turque, qui prévoit à l’article 8 de la loi 5651 la possibilité de bloquer l’accès à des sites web si l’un de 8 délits suivants est constitué : incitation au suicide, exploitation sexuelle et abus d’enfants, facilitation de l’usage de drogues, fourniture de substances dangereuses pour la santé, obscénité, paris en ligne, crimes commis contre Atatürk.
Politiquement, cette décision peut en revanche paraître déroutante en raison des appels répétés du gouvernement turc, dirigé par un parti islamiste modéré, en faveur de la levée de la censure contre Youtube. Une volonté affichée de nature à ne pas froisser les partenaires européens du pays d’une part, et répondre positivement aux pressions de l’OSCE d’autre part (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe).
Alors pourquoi le retour à cette situation de blocage ?
Nous le disions, la décision du tribunal d’Ankara restait somme toute fragile, et les mêmes causes ont fini par produire les mêmes effets.
Cette fois, le motif invoqué pour bloquer l’accès à Youtube est la mise en ligne d’une vidéo compromettante où l’on peut voir Deniz Baykal, ancien leader de l’opposition turque, dans une chambre en compagnie d’une autre femme que la sienne. Une situation d’adultère qui avait provoqué sa démission en mai dernier.
Là encore, une vidéo compromettante pour une personnalité politique turque a suffit à interdire Youtube aux quelques 70 millions de citoyens turcs.
En guise de conclusion, nous reprendrons l’analyse d’Erol Önderoglu, correspondant de Reporter Sand Frontière en Turquie pour qui la décision du tribunal, si elle peut paraître justifiée au regard du droit turc, est disproportionnée car les tribunaux n’ont pas d’autre choix que de fermer un site entier s’il est impossible d’enlever les pages où se trouvent les vidéos incriminées.
Archive pour le mot-clef ‘video’
3 petits jours et puis s’en vont : la Turquie censure à nouveau le site Youtube
Jeudi 4 novembre 2010Internet Explorer 9 en vidéo
Lundi 13 septembre 2010A quelques jours de l’annonce officielle du lancement de la version bêta, prévu à San Francisco le 15 septembre prochain pour être précis, le navigateur web vedette de Microsoft est la star d’une vidéo qui compte déjà quelques deux-cent mille visionnages en quelques jours.
Après la publication de clichés dont nous faisions état il y a quelques semaines, c’est désormais une vidéo qui offre une courte présentation d’Internet Explorer 9. C’est le site iebest.com qui a mis en ligne cette vidéo sur Youtube après avoir pu tester la nouvelle mouture du navigateur internet de Microsoft. Une information à prendre au conditionnel car Microsoft n’a toujours pas confirmé l’info.
Soucieux de mieux respecter les standards du Web, la vidéo montre notamment Internet Explorer 9 obtenir la note de 95 sur 100 au test ACID 3. Ainsi, Microsoft réduirait l’écart avec Mozilla, dont le navigateur Firefox obtient la note de 97. C’est surtout une amélioration considérable par rapport à IE8 qui n’obtenait qu’un piteux 20 sur 100 !
Au niveau de l’interface, Microsoft s’inspire du minimalisme de Chrome en présentant une version de son navigateur beaucoup plus simple qu’auparavant. Espérons que Microsoft réussisse également à combler le retard qui est le sien en terme de performances et que la neuvième version de son navigateur sera plus rapide que ses devancières, dont la vitesse n’était pas l’atout principal.
Réponse dans deux jours !
Le gouvernement Berlusconi cherche à censurer la publication de vidéos en ligne
Mercredi 20 janvier 2010
Moins d’une semaine après l’affaire entre Google et la Chine, la censure d’Internet refait son apparition au rayon des actualités du web. Plus surprenant, c’est au cœur de l’Union Européenne, pourtant réputée pour son libéralisme en matière économique, que l’affaire a lieu. En effet, le site de Youtube Italie affichera peut-être le mercredi 27 janvier 2010 prochain une page toute blanche avec deux lignes pour seul et unique contenu : « Nous n’avons pas encore l’autorisation de diffuser nos contenus dans votre pays. Repassez plus tard. »
Le député démocrate Vincenzo Vita ne s’y trompe d’ailleurs pas, et déclare ainsi que « l’Italie rejoint le club des censeurs aux côté de la Chine, de l’Iran et de la Corée du Nord. »
Sans parler d’un nouveau coup dur pour Google (Youtube appartient au groupe), c’est bien Internet dans son ensemble qui risque de se trouver sinistré de l’autre côté des Alpes. La semaine prochaine, le décret dit « Romani » sera promulgué, soumettant à une autorisation ministérielle la diffusion sur Internet « d’images animés accompagnées ou non de sons. »
L’association de défense de la liberté d’expression Articolo 21 a vivement réagi en affirmant qu’une telle mesure n’était pas sans rappeler la tentative de restriction de la blogosphère italienne. Celle-ci voulait faire peser sur les blogueurs les mêmes obligations que celles incombant à la presse écrite.
La justification du nouveau texte est d’ailleurs très proche : l’assimilation faite entre les sites web et les chaînes de télévision et les stations de radio. Il fait ainsi rentrer dans la catégorie des médias audiovisuels tous les médias « reçus par une part importante de la population et susceptibles d’avoir sur elle un impact manifeste. » La condition d’application du texte : la nature économique du média visé.
Autrement dit, un bon nombre de sites internet sont concernés tant la publicité est devenu le moyen de rémunération de la quasi-totalité des sites hébergeant des vidéos. En effet, ces sites impliquent d’importants coûts d’hébergement du fait de la taille des fichiers qu’ils proposent. Et comme la norme en la matière est la gratuité, il n’est d’autre modèle économique viable que celui de la publicité.
Sans être exhaustive, on peut d’ores et déjà dresser une liste de sites web concernés : les web télés, les services de VOD et les plateformes comme Youtube.
D’ailleurs, Google a déjà réagi. Son responsable italien, Marco Pancini, veut distinguer les sites qui ont une politique éditoriale et ceux qui, comme Youtube, ne proposent qu’un service d’hébergement : « Le décret tente d’octroyer les mêmes responsabilités aux fournisseurs de services Internet qu’aux réseaux de télévision qui éditent leur contenu, alors que Youtube se contente de mettre une plateforme à disposition des internautes. »
Le commissaire de l’autorité des communications, Nicolas d’Angelo, a ajouté quant à lui que « l’Italie va devenir le seul pays occidental à conditionner ce type de service à une autorisation gouvernementale », allant jusqu’à parler de « risque démocratique ».
Plus qu’une mise en conformité de la loi italienne avec la directive européenne 2007/65/CE, dont il est fait une interprétation restrictive voire contraire à son esprit, le décret a tout d’une décision politique, le gouvernement italien, Berlusconi en tête, souhaitant ainsi éviter à l’avenir la création de sites et la diffusion de vidéos qui lui seraient hostiles.
Par ailleurs, Silvio Berlusconi ayant une double casquette en tant que président du groupe Mediaset, on est en droit de se demander si le décret n’a pas également pour but caché de contrôler les sites diffusant des vidéos qui, par nature, ont vocation à faire de l’ombre aux médias traditionnels et à empiéter sur un marché que ces-derniers considèrent, par trop, comme leur chasse gardée.
Ce n’est d’ailleurs peut être pas un hasard si, en 2008, Mediaset avait gagné un procès contre Youtube pour la violation du droit de diffusion de l’émission de télé-réalité « Big Brother ». Tout un programme…
Sur le blog du site web du magazine L’Espresso, Alessandro Gilioli écrit que le décret a pour but de tuer dans l’œuf les futurs concurrents du groupe privé de Silvio Berlusconi.
Plus que la stigmatisation du chef du gouvernement italien, c’est celle de la normalisation de la censure sur internet qu’il convient de faire. De plus en plus, les autorités voient dans l’Internet une menace qu’il faut contrôler, sinon réprimer.
Une note positive pour conclure : Paolo Romani, le député responsable du décret, a insisté sur le fait que le texte ne faisait qu’appliquer les recommandations de l’Union Européenne et que le gouvernement était près à discuter d’éventuelles modifications. Espérons pour les internautes italiens que le gouvernement reviendra sur cette décision liberticide.
