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La création d’un code de Torrent Poisoning met à mal Hadopi

Samedi 17 avril 2010

hadopi pirate seedfuck La création dun code de Torrent Poisoning met à mal HadopiBeaucoup l’avait prédit : l’efficacité de la loi Hadopi, en plus de la lourdeur du dispositif législatif, serait limité par la technologie et se heurterait à des initiatives de développeurs web bien décidés à tordre le cou d’une loi jugée liberticide. C’est désormais chose faite avec un petit logiciel baptisé SeedFuck.

Après les VPN, RapidShare et autres Newsgroup, un moyen de plus s’ajoute à l’arsenal permettant de contourner la fameuse riposte graduée mise en place par le législateur. SeedFuck est un code source écrit en C# par le hacker Burningmace, dont l’existence est rapportée par le blog de bluetouff, et qui consiste à polluer les réseaux de peer to peer. Là où le gouvernement compte justement se lancer à la poursuite des internautes téléchargeant illégalement des fichiers protégés par les droits d’auteur.

Ce petit programme va permettre d’inonder les réseaux de téléchargement de « leurres » : concrètement, la technique s’apparente à du torrent poisoning, ce qui consiste à incorporer de nombreuses fausses adresses IP dans l’identifiant unique d’un fichier torrent, et à générer une fausse activité autour de ce fichier.

La technique n’importunera pas les utilisateurs des réseaux peer to peer. Elle constitue en revanche une vraie épine dans le pied de l’instance Hadopi, dont la tâche va devenir très compliquée pour démêler le vrai du faux, d’autant que le logiciel serait déjà près dans des versions Windows et Linux.

Clou du spectacle, de vraies fausses adresses IP pourront être ajoutées directement par le « pirate ». Une personne ne s’étant jamais connectée sur un site web de téléchargement pourra ainsi se trouver dans le collimateur de la Hadopi car son adresse IP aura servi de leurre. Bluetouff d’ajouter ironiquement que l’on « risque donc, aux premiers envois de mails de se payer de bonnes barres de rire, en retrouvant par exemple les IP de la rue de Valois dans les plus gros téléchargeurs ».

L’adresse IP comme seule preuve du délit de téléchargement illégal avait été vivement critiquée. Nous voici en présence d’une démonstration éclatante de son insuffisance. Cela remet sérieusement en cause le principe même de fonctionnement de la Haute Autorité.

Et comme la Hadopi n’a jamais envisagé d’investigations en profondeur des adresses IP récupérées sur les réseaux peer to peer, on doit s’attendre à de nombreuses erreurs dues à ce logiciel de torrent poisoning.

Comme le rappelle le site internet PCINPACT, le député Michel Liebgoot avait interpellé le ministre de la culture Frédéric Mitterrand sur la fiabilité faible de l’adresse IP : « il est très simple, pour un utilisateur moyennement confirmé, de falsifier sa propre adresse IP en prenant celle d’un autre ordinateur. Ainsi, une personne ne téléchargeant pas illégalement des Å“uvres sur Internet pourrait être sanctionnée à tort ». Et PCINPACT de rajouter que la réponse se fait toujours attendre !

Pour finir, mettons toutefois en garde ceux qui seraient tentés par l’utilisation de cet outil. Conformément à l’article 434-23 du Nouveau Code Pénal, se servir de SeedFuck pourrait constituer une infraction bien plus grave que le « simple » téléchargement de fichiers audio ou vidéo : « le fait de prendre le nom d’un tiers dans des circonstances qui ont déterminé ou auraient pu déterminer contre celui-ci des poursuites pénales, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende ».

Libre à certains de jouer avec le feu, donc. La principale information à retenir est bien qu’Hadopi est un loi largement imparfaite dont l’application se trouve largement compromise. Et comme le rappelle le dessin humoristique de Vidberg que nous publions, Hadopi risque d’abord de prendre les « petits téléchargeurs » la main dans le sac, tandis que les « gros poissons » échapperont aux mailles du filet grâce à l’utilisation d’outils comme SeedFuck.

Vers la mort du modèle gratuit sur internet ?

Samedi 20 mars 2010

web payant internet gratuit 300x199 Vers la mort du modèle gratuit sur internet ?Et si le Web cessait de proposer la gratuité à ses utilisateurs ? Le modèle économique de la publicité, permettant l’accès gratuit aux contenus, semble en effet céder la place à un nouveau modèle, plus rentable, que l’on pourra qualifier de « Web à péages ». Vidéos, musique, presse : aucun secteur n’est épargné par cette recherche du profit maximal.

A l’origine de ce changement déjà annoncé, la remise en question du modèle reposant sur la publicité comme principale source de revenus des sites internet. A court et moyen terme, il est envisageable de voir de nombreux sites s’en détourner. C’est en tout cas ce que laisse penser un article de Barrett Sheridan publié le 1er février dernier dans Newsweek.

Au fond, cette possibilité n’a rien d’un scoop. Cette transformation est en route depuis quelques années déjà, et quelques gouvernements se sont déjà emparés de la question.

Le marché de la musique est en première ligne dans la bataille. Avec les lois rendant le téléchargement illégal, le modèle gratuit s’est déplacé sur le terrain du streaming. Mais là aussi, la donne est en train de changer. Ce marché propose actuellement la gratuité aux internautes grâce aux revenus publicitaires engendrés. Ses leaders outre-Atlantique sont Last.fm, Pandora et Rhapsody. Mais les majors du disque ne voient pas ces sites d’un bon œil. Et pour cause, beaucoup d’argent serait laissé en chemin.

Prenons l’exemple du titre « Poker Face » de Lady Gaga, l’une des chansons les plus populaires sur le site web Spotify. Même si ce-dernier conteste les chiffres, l’artiste avance n’avoir gagné sur ce site que 167 dollars pour plusieurs millions d’écoutes. Mais combien d’autres millions, d’euros ceux-là, la chanteuse a-t-elle accumulé ? L’avidité n’est sans doute pas un sentiment qui lui apportera la sympathie du public.

Naturellement, l’industrie du disque souhaite améliorer ces chiffres. Dans des négociations avec Spotify, elle fait pression pour que le site de streaming se tourne vers l’abonnement payant. La course aux bénéfices est là-aussi en cause : le prix totalement exorbitant du CD et autres supports traditionnels a largement contribué aux difficultés actuelles de cette industrie. A force d’essorer le consommateur jusqu’à l’os, celui-ci préfère trouver d’autres moyens, quitte à braver des lois fortement suggérées par le lobbying d’un acteur économique influent.

Ajoutons par ailleurs que ce qu’elles perdent d’une main, les majors le reprennent de l’autre en commercialisant platines DIVX, CD vierges ou autres lecteurs MP3.

Le plus gros revendeur de musique sur le Web, Apple, aimerait lui aussi tordre le cou à la gratuité des contenus sur internet. Certes, peu de choses filtrent de son siège de Cupertino. Mais une récente acquisition du groupe laisse à penser qu’Apple souhaiterait contribuer au changement du modèle économique du streaming. En décembre dernier, la société de Steve Jobs a racheté Lala, un site d’écoute de musique en ligne, pour la coquette somme de 100 millions de dollars. Que ce site ait des revenus négligeables ne semble pas poser problème. Ce qu’Apple a réellement acheté, ce sont des ingénieurs et un savoir-faire. L’abonnement sur Lala c’est donc pour quand ? C’est là, semble-t-il, la seule question qui reste en suspens, tant l’évolution vers un principe d’abonnement semble inéluctable pour ces sites internet.

La télé, le cinéma et la presse écrite se liguent aussi contre la gratuité sur le Web

Et ce modèle payant de plus en plus répandu ne se limite pas à la musique. Apple est en pourparlers avec des majors de l’industrie télévisuelle comme Disney ou CBS pour lancer un système de télé en ligne à péage.

Chase Carey, un responsable de la société News Corp., qui détient environ 27% du site Hulu.com (site internet gratuit publiant des vidéos en ligne), annonçait dès le mois d’Octobre dernier qu’il « était temps de se faire rémunérer pour publier des contenus en ligne », ajoutant que Hulu devait concourir à cela. Les utilisateurs d’Hulu pourront bientôt sortir leurs cartes de crédits s’ils veulent continuer à utiliser le site.

Il y a enfin les dinosaures de la Presse, autre média à vouloir faire la pluie et le beau temps sur Internet. Le leader de ce mouvement n’est autre que Rupert Murdoch, « big boss » de News Corp., et magnat australien des médias. Le groupe détient de nombreux titres comme le Wall Street Journal et le London Times. Il déclarait récemment et sans équivoque que « le vieux modèle économique fondé principalement sur la publicité est mort ». Il a par la suite avéré que beaucoup de sites du groupe, sinon tous, deviendrait payants en 2010.

Si News Corp. réussit son pari en termes de chiffres d’affaire, d’autres devraient suivre. Le New York Times, par exemple, s’interroge lui-aussi sur l’opportunité de faire payer l’accès aux contenus de son site internet.

C’est donc à ce prix, à en croire ces acteurs économiques du marché, que l’on sauvera les contenus eux-mêmes. Cet argument est contestable. Intéressons-nous donc à quelques chiffres. Ceux à qui on prête la vertu de ne jamais mentir.

Avec un bénéfice net de 8,8 milliards de dollars entre juin 2007 et juin 2009, News Corp. ne paraît pas être en péril. Les ventes de Vivendi Universal ont quant à elles été en hausse pendant l’exercice 2009, le bénéfice du groupe ayant chuté à « seulement » 830 millions d’euros en raison de la dépréciation du titre et d’une provision liée à un procès aux Etats-Unis.

L’industrie de la musique en France a connu une forte hausse au quatrième trimestre 2009, et celle du cinéma annonce plus de 200 millions d’entrées en salles pour l’année 2009. Il faut remonter à 1982 et 1983 pour retrouver de tels chiffres.

Plutôt bons comme résultats, surtout à une époque où l’on déclare pourtant le pouvoir d’achat en berne. Cette course frénétique vers des bénéfices en hausse perpétuelle semble être la véritable raison de la mort annoncée du Web gratuit. La prétendue survie des artistes semble n’être qu’un leurre. Une diversion sensée faire « peur » : que ferions-nous, demain, si nous étions privés d’Avatar et Bienvenue chez les Ch’tis au cinéma ? Comment pourrions-nous passer un côté d’un talent comme Lady Gaga ? Répondons leurs qu’il nous restera les films d’Hitchcock ou Kubrick et les vinyles des Rolling Stones ou des Pink Floyds.

Le navigateur web Firefox désormais sur téléphones mobiles

Mardi 2 février 2010

firefox mozilla mobile 276x300 Le navigateur web Firefox désormais sur téléphones mobilesLa fondation Mozilla a sorti le 1er février 2010 son navigateur Firefox Mobile 1.0 qui, comme son nom l’indique, équipera les téléphones portables pour naviguer sur le Web. Disponible en téléchargement gratuit (lien de téléchargement), la version mobile du célèbre navigateur n’est pour l’instant compatible qu’avec le dernier Nokia, le N900.

Toutefois, les nouvelles technologies évoluant à une vitesse qui donne parfois le vertige, Firefox Mobile est déjà annoncé sur plusieurs plateformes mobiles : des versions Android, l’OS pour mobile développé par Google, et Windows Mobile sont en cours de développement. La conquête des utilisateurs de l’iPhone sera, elle, plus compliquée, Apple ne voulant pas aider un concurrent direct de son navigateur Safari.

Mozilla reprendra sur mobile les recettes qui ont fait son succès sur ordinateur, et notamment celles de sa dernière mouture, Firefox 3.6 : des extensions réalisées par des développeurs tiers sont déjà disponibles au téléchargement. Tristan Nitot, le président de l’association Mozilla Europe déclare ainsi que Mozilla démontre « qu’il est possible de fournir un navigateur d’excellente qualité, simple d’utilisation, mais éminemment bidouillable, où les utilisateurs ne sont pas considérés comme de simples consommateurs mais à qui on laisse la possibilité de personnaliser leur utilisation et d’inventer de nouveaux usages. »

Parmi les principales fonctionnalités que l’on retrouvera ainsi sur Firefox Mobile, on peut citer :

- La barre d’adresse intelligente (mémorisation des adresses URL, saisie des mots clés…).
- Le système d’extensions de Firefox sur ordinateur
- La synchronisation de l’historique de navigation, mots de passe, et favoris entre Firefox Mobile et la version pour ordinateur du navigateur Web.

Pour Tristan Nitot, il ne s’agit là « que » d’un premier pas dans le monde du mobile, Mozilla ne souhaitant pas s’arrêter en si bon chemin. Après Apple, Google ou Microsoft, c’est bien la preuve que les sociétés du Web voient dans le mobile le marché porteur de demain.

La loi Hadopi censurée par le Conseil Constitutionnel

Mercredi 10 juin 2009

hadopi pirate 300x210 La loi Hadopi censurée par le Conseil ConstitutionnelDécidemment, la courte mais prolifique histoire de la loi Hadopi n’en finit plus de rebondir. Après le coup du rideau des députés de l’opposition, le Conseil Constitutionnel a censuré aujourd’hui le système de sanction mis en place par la loi. Sur saisine des députés du Parti Socialiste le 19 mai dernier, les « sages » ont rendu une décision qui va faire grand bruit.


D’un point de vue politique tout d’abord, le président de la République s’était personnellement engagé en faveur de ce texte. Ce mercredi 10 juin ressemble donc à un camouflet pour Nicolas Sarkozy. Que ce soit pour protéger les intérêts de ses amis artistes ou satisfaire aux demandes des majors du disque, l’actuel pensionnaire de l’Elysée s’était tourné dans la bonne direction : sur le fond, la situation actuelle ne peut sans doute pas rester en l’état. En tout état de cause, le législateur doit se pencher sérieusement sur la question du téléchargement illégal. Sans doute pas pour le sanctionner, mais pour le légaliser.

Franck Riester, le député UMP rapporteur du texte, le rappelle d’ailleurs : « Cette décision ne remet pas en cause l’esprit de la loi ». Certes. Mais dépourvue de son pouvoir de sanctionner, l’Hadopi se trouve vidée de sa substance. Et la loi du même nom devient une coquille presque vide.

Sur le plan juridique, le Conseil a fondé sa décision sur l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 sur la liberté de communication et d’expression : « eu égard au développement généralisé d’Internet et à son importance pour la participation à la vie démocratique et à l’expression des idées et des opinions ». Dans ces conditions, la sanction voulue par la Ministre de la culture, Christine Albanel, ne peut qu’incomber au juge. C’est exactement l’amendement qu’avait voté le Parlement européen le 6 mai dernier : une autorité administrative ne peut pas porter atteinte aux libertés individuelles. Seule une décision de justice le peut.

De toute évidence, on imagine assez mal un magistrat professionnel couper sa connexion Internet à un « pirate » qui conserve sur son disque dur quelques mp3 et autres vidéos sans en faire commerce. L’exception de la copie privée et l’absence de profit réalisé sont d’ailleurs régulièrement reprises par la jurisprudence relative au téléchargement sur Internet. La loi Hadopi ne rajoute finalement qu’une riposte graduée : l’envoi de courriels et d’une lettre recommandée avant le déclenchement de la procédure judiciaire. Dans ces conditions, l’Hadopi s’annonce d’ores et déjà comme un gouffre financier car il faudra bien que l’Etat paye les frais engendrés par le fonctionnement de cette instance.

Sur le plan technologique enfin, la loi Hadopi sera de toute manière vite dépassée. Le développement du streaming, qui concurrence de plus en plus le téléchargement, est une illustration. L’ingéniosité des « hackers », ceux finalement visés par le texte car tirant des bénéfices du téléchargement, et qui leur fait avoir un coup d’avance sur le législateur, en est une autre.