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Obama : les nouvelles technologies sont un danger pour la démocratie

Jeudi 13 mai 2010

obama hampton 279x300 Obama : les nouvelles technologies sont un danger pour la démocratieLors d’un discours à l’université d’Hampton dimanche 9 mai, le président Barack Obama a accusé les nouvelles technologies d’être une contrariété pour la démocratie américaine. Dans le viseur du prix Nobel de la paix 2009, les iPad, iPod et autres consoles de jeux (Xbox, Playstation). En leur reprochant de transformer l’information en distraction, le locataire de la Maison Blanche n’a pas manqué de susciter de nombreuses réactions sur le Web et la blogosphère.

Ahurissante. Incompréhensive. Grotesque. Autant d’adjectifs pour qualifier la prise de position du président américain face aux étudiants de cette université de Virginie : « avec les iPod, les iPad, les Xbox et Playstation, dont j’ignore comment chacun d’eux fonctionne, l’information devient une distraction, une diversion, une forme d’amusement plutôt qu’un outil d’épanouissement ou un moyen d’émancipation. »

Barack Obama déplore par ailleurs que « certaines informations les plus folles puissent rapidement être amplifiées par des blogs et les réseaux sociaux. Tout cela non seulement met de la pression sur chacun de nous, mais aussi sur notre pays et notre démocratie. »

Ce qui surprend d’abord, c’est l’opportunité du jugement d’un homme, fusse-t-il le plus puissant, qui reconnaît candidement ne pas savoir comment fonctionnent des technologies qu’il accable de maux démesurés. Certes l’iPad, l’iPod ou les consoles de jeux ne révolutionneront jamais l’histoire de l’humanité, mais de là à y voir un danger pour la démocratie, il y a un monde.

Ensuite, Barack Obama est-il vraiment le mieux placé pour attaquer de front les nouvelles technologies ? N’avait-il pas fait de son compte Twitter un moyen de promouvoir sa campagne électorale ? Le camp démocrate n’avait-il pas acheté de la publicité dans des jeux vidéo durant cette même campagne ? N’est-ce pas le même homme qui avait offert un iPod à la reine d’Angleterre Elizabeth II ?

La critique que l’on peut enfin faire sur ce discours, c’est qu’en faisant des nouvelles technologies et du Web un péril démocratique, le président se trompe de cible de façon maladroite. Ces nouveaux supports ne sont qu’un relai de l’information. Autrement dit, ce sont les contenus eux-mêmes qui devraient se trouver dans le collimateur de Barack Obama. La dénonciation aurait alors pris un autre sens. Plus compréhensible ; plus logique également.

Il y a quelques mois d’ailleurs, Barack Obama avait incité les jeunes à ne pas publier n’importe quoi sur le réseau social Facebook, louant toutefois l’influence de Google, Twitter et Facebook et allant même jusqu’à élever leurs fondateurs au rang de ceux qui ont combattu pour les droits civiques. En l’occurrence, il s’agissant donc bien d’une mise en garde contre les contenus publiés et non pas contre Facebook lui-même. Le président américain aurait été plus inspiré s’il avait repris cette distinction entre des contenus répréhensibles et dangereux d’une part, et les supports sur lesquels ils peuvent être consultés d’autre part.

Apple, maître censeur des applications iPhone et iPod

Lundi 19 avril 2010

mark fiore caricature pulitzer 300x216 Apple, maître censeur des applications iPhone et iPodUne nouvelle affaire de censure pourrait écorner l’image d’Apple. Malgré les excuses de Steve Jobs en personne, la polémique née du refus d’homologation de l’application iPhone du dernier prix Pulitzer a déclenché une véritable levée de boucliers outre-Atlantique.

En France, à part quelques articles timides sur le Web, la nouvelle est passée quasi-inaperçue dans des médias habituellement diserts sur le géant de l’informatique. A croire que la critique de la firme de Cupertino ne fait pas vendre autant de papier que le matraquage publicitaire auquel nous avons récemment eu droit lors de l’annonce de l’iPad ? Ce n’est pourtant pas la première fois que la marque à la pomme prend une décision arbitraire et contestable à l’égard d’un éditeur de contenu. Il nous a paru intéressant de nous arrêter sur ce phénomène le temps d’un article.

Avec l’iPhone ou l’iPod Touch, Apple a bien évidemment réalisé des objets dont les qualités ne peuvent être remises en causes. Notre propos ne se situe pas là tant l’ergonomie et la simplicité de ces produits semblent faire l’unanimité. En revanche, l’obligation de passer par l’App Store pour ajouter un logiciel nous paraît plus contestable, encore plus lorsqu’elle s’accompagne d’un contrôle arbitraire des mœurs et de l’utilité dudit logiciel.

Pour bien comprendre, il faut en venir aux sources du problème : les conditions d’utilisation du service. Avant qu’une application ne soit téléchargeable sur l’App Store, celle-ci doit être validée par Apple. La société de Cupertino s’érige alors en censeur des contenus auxquels les utilisateurs de l’iPhone pourront avoir accès. Par exemple, en plus de contrôler la sécurité des applications et leur conformité avec les intérêts des opérateurs partenaires, une application dont le contenu sera considéré obscène, pornographique ou diffamatoire se verra refusée par Apple.

En 2008, Apple avait ainsi recalé le logiciel Comic Reader censé faciliter la lecture de bandes dessinées sur iPhone et iPod Touch. Seule disponible lors de la soumission du logiciel à Apple, la BD Murderdrome avait valu un refus au développeur de l’application au motif qu’elle était trop violente.

Apple faisait donc un premier pas vers une activité purement rédactionnelle, choisissant les contenus ayant droit de cité sur ses appareils. Qu’une entreprise privée choisisse elle-même les applications disponibles sur ses produits relève de son droit le plus strict.

Ce qui fait débat en l’espèce, c’est l’opportunité de cette censure a priori. Car pour protéger la « sécurité morale » de ses utilisateurs, Apple choisit arbitrairement les logiciels disponibles sur ses plateformes. La frontière pour départager un contenu obscène ou diffamatoire d’un contenu acceptable étant nécessairement à géométrie variable d’une personne à l’autre, les clients d’Apple se soumettent de facto aux décisions de leur gourou Steve Jobs.

Quelques semaines plus tard, un développeur proposât sur l’App Store un simulateur de pets. Nouveau refus d’Apple. Le motif : « nous avons déterminé que l’application est d’utilité limitée pour la communauté d’utilisateurs d’iPhone et iPod Touch, et ne sera pas publiée sur l’App Store ».

Même si cette décision paraît plus compréhensible sur le fond, c’est le motif retenu par Apple qui fait problème : là encore, où se situe la frontière entre un logiciel utile et un logiciel inutile ? En l’occurrence, refuser l’application est une chose. La qualifier d’inutile en est une autre. En se faisant ainsi le juge des bonnes mœurs et de l’utilité des applications iPhone et iPod Touch, Apple semble pratiquer une activité bien différente de celle qui a fait sa réputation : fabriquant de matériels et applications informatiques.

Steve Jobs fait amende honorable

La dernière polémique en date remonte au mois de décembre dernier. Le caricaturiste Mark Fiore s’était vu interdire son application iPhone, NewsToons, dont le but était de diffuser de petites animations publiées notamment sur le site SFGate.com.

Pour Apple, l’application était jugée offensante pour des personnalités publiques qu’elle tournait en dérision. Satire d’accord, mais encore faut-il qu’elle reste politiquement correcte. C’est en tout cas ce que semblait dire la société de Steve Jobs.

Cette affaire qui aurait dû en rester là a pris une autre tournure lorsque Mark Fiore a obtenu le prix Pulitzer dans la catégorie dessin de presse. Au passage, il s’agit là du premier prix décerné à un journaliste dont l’activité se situe exclusivement sur le Web. En effet, depuis 1999, ce caricaturiste s’est détourné de la presse papier pour ne publier ses œuvres que sur internet.

La mésaventure du lauréat 2010 du Pulitzer a suscité l’émotion dans la presse américaine, celle-ci fustigeant la décision d’Apple. D’autant que grâce à son statut d’hébergeur selon le Digital Millenium Copyright Act (DMCA), Apple est protégé contre toute poursuite pour diffamation aux Etats-Unis, au cas où les fameuses caricatures auraient été en effet diffamatoires.

Un argument quoiqu’il en soit dérisoire puisque le jury du Pulitzer les a jugé tout à fait acceptables et même mieux, les a couronné d’un prix très convoité.

Devant la vindicte populaire, fait rare, Apple a fait machine arrière, Steve Jobs répondant lui-même à un email lui demandant de justifier la décision de refus : « c’est une erreur qui a été corrigée ». L’application NewsToons devrait donc rapidement être disponible sur l’App Store.

Une volte-face qui a été jusqu’à gêner l’intéressé. Mark Fiore déclarait récemment se sentir mal à l’aise : « Je me suis senti un peu coupable. J’ai un traitement de faveur parce que j’ai le Pulitzer » reconnaissait-il dans un entretien avec le Wall Street Journal.

Avant lui, d’autres caricaturistes avaient vu leurs applications initialement rejetées avant qu’Apple finisse par les accepter. Tom Richmond dû aller au clash sur le Web pour voir ses dessins satiriques accessibles sur iPhone et iPod Touch. Daryl Cagle fut quant à lui contraint de se battre pendant plusieurs mois pour être accepté sur l’App Store.

Cette politique très contestable d’Apple nous fait espérer que ses concurrents ne tomberont pas dans de telles dérives. Gageons que Google ou Microsoft sauront apporter plus de souplesse pour la disponibilité des applications publiées sur leurs téléphones mobiles, surtout lorsque celles-ci touchent de près ou de loin à la politique, un domaine dans lequel Apple semble ne vouloir prendre aucun risque malgré la protection que lui confère le DMCA.

Hollywood se lance dans la vente en ligne de fichiers vidéo pour contrer le piratage sur le Web

Lundi 11 janvier 2010

digital entertainment content ecosystem web 300x225 Hollywood se lance dans la vente en ligne de fichiers vidéo pour contrer le piratage sur le WebCes dernières années, l’industrie du film en général et Hollywood en particulier ne se souciaient pas trop du Web. Naturellement protégée par la taille des fichiers, a contrario de l’industrie du disque ou de la Presse, Hollywood n’avait pas de besoin impérieux de trouver une parade au téléchargement illégal ou au streaming. Il faut désormais conjuguer ce constat au passé car désormais, l’industrie du cinéma songe à se doter d’armes pour contrer le piratage car, progrès technologiques obligent, quelques minutes suffisent désormais pour télécharger ou visionner un film sur le Web.

La semaine dernière, Hollywood a donc lancé deux systèmes pour vendre en ligne des films et des séries télévisées. Les initiatives sont plutôt bien pensées et ont pris compte des erreurs commises par d’autres industries dans le passé comme nous le verrons dans cet article, mais elles sont peut être déjà trop tardives.

D’après le groupe Adams Media Research, le téléchargement légal aux Etats-Unis n’a atteint « que » 250 millions de dollars en 2009. Dans bon nombre d’autres pays, il n’y a d’ailleurs aucune offre légale pour télécharger un film ou une série TV. Ce marché semble donc ne pas intéresser les acteurs concernés… Sauf que les ventes de DVD, le support qui a fait la fortune d’Hollywood cette dernière décennie, sont en chute libre. De 12 milliards de dollars en 2004, elles sont passées à 8,7 milliards en 2009.

Un format unique et multiplateforme pour faire oublier la VOD

Le regain d’intérêt pour le marché de la location peut expliquer en partie ce phénomène, certaines sociétés, comme Netflix, proposant par exemple un abonnement mensuel permettant de visionner des films de manière illimitée. Au-delà de ça, la concurrence au DVD se trouve bien sur le Web. Il existe d’innombrables sites de téléchargement illégal, et fermer un site ne résout rien : la fin de Napster n’aura pas sauvé l’industrie du disque de bilans catastrophiques puisqu’en matière de sites pirates, la règle est « un de fermé, dix de retrouvés ». Il faut donc proposer au consommateur une solution alternative qui soit aussi attractive, afin de justifier que l’on paye pour obtenir ce que l’on pourrait avoir gratuitement ailleurs, même illégalement.

Le Digital Entertainment Content Ecosystem (DECE) ne s’y trompe d’ailleurs pas, puisque ce consortium regroupant entre autres les plus grands studios d’Hollywood (Fox, Warner, Paramount, Universal, Lionsgate) et les fabriquants de DVD (Sony, Samsung, Philips, Panasonic etc.) est parvenu la semaine dernière à un accord sur un format unique lisible sur toutes les plateformes disponibles (ordinateur, TV, téléphone mobile, console de jeu etc.) et sur la mise en place d’une structure unique qui sera chargée de garder toutes les traces des achats de films afin de les rendre accessibles sur les autres plateformes disponibles.

Le but : rendre la vente en ligne de films et séries TV plus attrayante pour le consommateur. La vidéo ainsi vendue en ligne pourra être regardée sur plusieurs plateformes et, dans la mesure où elle ne sera pas téléchargée mais stockée sur un serveur distant, l’utilisateur n’aura pas à la transférer de lecteur en lecteur.

A noter que parmi les autres participants à ce projet, on retrouve Microsoft, Adobe, HP, Intel.

Mitch Singer, patron du DECE, cherche ainsi à créer un format unique et libre qui, comme le CD ou le DVD, encouragerait la compétition et l’innovation. Il assure par ailleurs que le système sera opérationnel d’ici quelques mois.

Ce choix reflète bien entendu la volonté manifeste de ne pas répéter le flop de la VOD (« video on demand), dû selon certains à la multiplicité des formats et des restrictions.

Un avis que semble partager le studio Disney, seul géant de l’industrie à ne pas se trouver dans le consortium DECE. Début janvier, le groupe a lui aussi annoncé le lancement de KeyChest, son système de format vidéo unique.

Reste donc à savoir qui de Disney ou du consortium remportera l’adhésion des distributeurs et des consommateurs.

Car c’est bien là tout le sens de cette bataille dans laquelle viennent de s’engager les grands noms traditionnels de l’industrie du cinéma : ne pas laisser filer leur clientèle vers d’autres entreprises. Autrement dit, ne pas voir se répéter un scénario qui a vu Apple et Amazon prendre une position dominante sur les marchés du téléchargement légal de fichiers musicaux et du livre électronique (e-book). En occupant la première place de ces industries et en reliant les contenus à leurs propres matériels, l’iPod et Kindle, Apple et Amazon dictent désormais leur loi sur les médias traditionnels qui contrôlaient ces marchés, jusqu’à ce que le Web n’entraîne une redistribution des cartes.

Et c’est d’ailleurs là que le bas blesse car dans le nouveau schéma prévu par le DECE, Apple ne figure nulle part alors que la boutique en ligne d’iTunes propose déjà des téléchargements légaux de films et séries TV. Or, comment se passer d’Apple et des millions d’utilisateurs de ses produits (iPhone, iPod, Mac etc.) ? Une autre difficulté sera de convaincre les consommateurs de payer pour quelque chose d’immatériel, sans parler de l’épineux sujet du prix qui sera proposé : un prix trop bas et les studios d’Hollywood y verront une menace pour la survie du DVD tandis qu’un prix trop élevé conduira très certainement les gens à louer les films ou à les télécharger… illégalement.