Une nouvelle affaire de censure pourrait écorner l’image d’Apple. Malgré les excuses de Steve Jobs en personne, la polémique née du refus d’homologation de l’application iPhone du dernier prix Pulitzer a déclenché une véritable levée de boucliers outre-Atlantique.
En France, à part quelques articles timides sur le Web, la nouvelle est passée quasi-inaperçue dans des médias habituellement diserts sur le géant de l’informatique. A croire que la critique de la firme de Cupertino ne fait pas vendre autant de papier que le matraquage publicitaire auquel nous avons récemment eu droit lors de l’annonce de l’iPad ? Ce n’est pourtant pas la première fois que la marque à la pomme prend une décision arbitraire et contestable à l’égard d’un éditeur de contenu. Il nous a paru intéressant de nous arrêter sur ce phénomène le temps d’un article.
Avec l’iPhone ou l’iPod Touch, Apple a bien évidemment réalisé des objets dont les qualités ne peuvent être remises en causes. Notre propos ne se situe pas là tant l’ergonomie et la simplicité de ces produits semblent faire l’unanimité. En revanche, l’obligation de passer par l’App Store pour ajouter un logiciel nous paraît plus contestable, encore plus lorsqu’elle s’accompagne d’un contrôle arbitraire des mœurs et de l’utilité dudit logiciel.
Pour bien comprendre, il faut en venir aux sources du problème : les conditions d’utilisation du service. Avant qu’une application ne soit téléchargeable sur l’App Store, celle-ci doit être validée par Apple. La société de Cupertino s’érige alors en censeur des contenus auxquels les utilisateurs de l’iPhone pourront avoir accès. Par exemple, en plus de contrôler la sécurité des applications et leur conformité avec les intérêts des opérateurs partenaires, une application dont le contenu sera considéré obscène, pornographique ou diffamatoire se verra refusée par Apple.
En 2008, Apple avait ainsi recalé le logiciel Comic Reader censé faciliter la lecture de bandes dessinées sur iPhone et iPod Touch. Seule disponible lors de la soumission du logiciel à Apple, la BD Murderdrome avait valu un refus au développeur de l’application au motif qu’elle était trop violente.
Apple faisait donc un premier pas vers une activité purement rédactionnelle, choisissant les contenus ayant droit de cité sur ses appareils. Qu’une entreprise privée choisisse elle-même les applications disponibles sur ses produits relève de son droit le plus strict.
Ce qui fait débat en l’espèce, c’est l’opportunité de cette censure a priori. Car pour protéger la « sécurité morale » de ses utilisateurs, Apple choisit arbitrairement les logiciels disponibles sur ses plateformes. La frontière pour départager un contenu obscène ou diffamatoire d’un contenu acceptable étant nécessairement à géométrie variable d’une personne à l’autre, les clients d’Apple se soumettent de facto aux décisions de leur gourou Steve Jobs.
Quelques semaines plus tard, un développeur proposât sur l’App Store un simulateur de pets. Nouveau refus d’Apple. Le motif : « nous avons déterminé que l’application est d’utilité limitée pour la communauté d’utilisateurs d’iPhone et iPod Touch, et ne sera pas publiée sur l’App Store ».
Même si cette décision paraît plus compréhensible sur le fond, c’est le motif retenu par Apple qui fait problème : là encore, où se situe la frontière entre un logiciel utile et un logiciel inutile ? En l’occurrence, refuser l’application est une chose. La qualifier d’inutile en est une autre. En se faisant ainsi le juge des bonnes mœurs et de l’utilité des applications iPhone et iPod Touch, Apple semble pratiquer une activité bien différente de celle qui a fait sa réputation : fabriquant de matériels et applications informatiques.
Steve Jobs fait amende honorable
La dernière polémique en date remonte au mois de décembre dernier. Le caricaturiste Mark Fiore s’était vu interdire son application iPhone, NewsToons, dont le but était de diffuser de petites animations publiées notamment sur le site SFGate.com.
Pour Apple, l’application était jugée offensante pour des personnalités publiques qu’elle tournait en dérision. Satire d’accord, mais encore faut-il qu’elle reste politiquement correcte. C’est en tout cas ce que semblait dire la société de Steve Jobs.
Cette affaire qui aurait dû en rester là a pris une autre tournure lorsque Mark Fiore a obtenu le prix Pulitzer dans la catégorie dessin de presse. Au passage, il s’agit là du premier prix décerné à un journaliste dont l’activité se situe exclusivement sur le Web. En effet, depuis 1999, ce caricaturiste s’est détourné de la presse papier pour ne publier ses œuvres que sur internet.
La mésaventure du lauréat 2010 du Pulitzer a suscité l’émotion dans la presse américaine, celle-ci fustigeant la décision d’Apple. D’autant que grâce à son statut d’hébergeur selon le Digital Millenium Copyright Act (DMCA), Apple est protégé contre toute poursuite pour diffamation aux Etats-Unis, au cas où les fameuses caricatures auraient été en effet diffamatoires.
Un argument quoiqu’il en soit dérisoire puisque le jury du Pulitzer les a jugé tout à fait acceptables et même mieux, les a couronné d’un prix très convoité.
Devant la vindicte populaire, fait rare, Apple a fait machine arrière, Steve Jobs répondant lui-même à un email lui demandant de justifier la décision de refus : « c’est une erreur qui a été corrigée ». L’application NewsToons devrait donc rapidement être disponible sur l’App Store.
Une volte-face qui a été jusqu’à gêner l’intéressé. Mark Fiore déclarait récemment se sentir mal à l’aise : « Je me suis senti un peu coupable. J’ai un traitement de faveur parce que j’ai le Pulitzer » reconnaissait-il dans un entretien avec le Wall Street Journal.
Avant lui, d’autres caricaturistes avaient vu leurs applications initialement rejetées avant qu’Apple finisse par les accepter. Tom Richmond dû aller au clash sur le Web pour voir ses dessins satiriques accessibles sur iPhone et iPod Touch. Daryl Cagle fut quant à lui contraint de se battre pendant plusieurs mois pour être accepté sur l’App Store.
Cette politique très contestable d’Apple nous fait espérer que ses concurrents ne tomberont pas dans de telles dérives. Gageons que Google ou Microsoft sauront apporter plus de souplesse pour la disponibilité des applications publiées sur leurs téléphones mobiles, surtout lorsque celles-ci touchent de près ou de loin à la politique, un domaine dans lequel Apple semble ne vouloir prendre aucun risque malgré la protection que lui confère le DMCA.
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Apple, maître censeur des applications iPhone et iPod
Lundi 19 avril 2010Apple pourrait faire de Bing le moteur de recherche par défaut de l’iPhone
Jeudi 21 janvier 2010
La nouvelle peut paraître inconcevable tant Apple et Microsoft se livrent un combat âpre depuis de nombreuses années. Mais à y regarder de plus près, elle n’est pas si surprenante au vu des derniers changements intervenus dans l’univers de l’informatique et de la téléphonie mobile, notamment le prochain lancement de Nexus One, le téléphone mobile de Google.
On a coutume de dire que les ennemis de mes ennemis sont mes amis. C’est peut être là qu’il faut aller chercher la motivation de cette alliance entre les créateurs de l’iPhone et de Bing. Apple et Microsoft sont certes des concurrents historiques sur le marché de l’informatique. Mais l’arrivée de Google a changé la donne. Depuis que le géant du Web s’est mis en tête de grignoter des parts de marché ailleurs que sur le Web (navigateur internet, système d’exploitation etc.), toute nouvelle avancée du groupe est suivie avec une certaine appréhension par ses concurrents.
En la matière, la récente annonce des fonctionnalités du Nexus One en fait le futur concurrent direct de l’iPhone. C’est sans doute là la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et conduit à cet improbable rapprochement entre Apple et Microsoft.
Pas si improbable que ça d’ailleurs, puisque ce ne serait pas la première fois que ces deux pionniers de l’informatique collaborent dans la mesure où Microsoft propose une version de la suite Office pour Mac.
Même si les porte-paroles des deux groupes, Katie Cotton et Frank Shaw, ont refusé de commenter cette rumeur, celle-ci n’a de cesse d’enfler. Les deux groupes auraient en effet entamé des pourparlers depuis plusieurs semaines, sans doute à l’initiative de Microsoft. La société de Bill Gates cherche à tisser des partenariats de manière à imposer son moteur de recherche Bing comme une véritable alternative à Google. A ce titre, notons que Bing dispose de sa propre application iPhone depuis le mois de décembre dernier.
Aujourd’hui, les parts de marché de la recherche sur téléphone mobile s’élèverait à 11% pour Bing, contre 86% pour Google (chiffres Nielsen Co).
A fortiori, le but est de frapper Google là où ça fait le plus mal. Au portefeuille.
Google tire la plupart de ses revenus de son programme de publicité, Google Adwords. A l’heure actuelle, même s’il souhaite diversifier son offre et investir sur de nouveaux terrains, le chiffre d’affaire du groupe est donc intimement lié à son moteur de recherche.
C’est précisément à ce niveau que la collaboration entre Apple et Microsoft s’explique. Si Microsoft cherche à augmenter ses revenus publicitaires grâce au moteur Bing, Apple a récemment acheté le réseau publicitaire pour mobiles Quattro Wireless. Il cherche donc à contrer Google qui, lui, possède son propre système de publicités sur téléphones mobiles, AdMob.
Pour comprendre l’ampleur du coup porté à Google, il suffit de se pencher sur les bénéfices tirés par Google de la téléphonie mobile : plus de la moitié viendraient de l’iPhone. C’est donc une lutte à mort qui s’engage. Du moins, ça en a tout l’air.
Si Apple avait tout intérêt à proposer les services de Google pour les débuts de l’iPhone en 2007, bénéficiant ainsi de la popularité des services du géant du Web, les circonstances ne sont plus du tout les mêmes.
Le Nexus One et le système d’exploitation pour mobile Android de Google se posant comme concurrents directs de l’iPhone, pourquoi Apple continuerait de proposer Google comme moteur de recherche par défaut tandis que la firme de Mountain View cherche à lui faire de l’ombre sur le marché du portable ?
D’autant que des sources proches du dossier souhaitant garder l’anonymat révèlent que Microsoft n’hésiterait pas à payer plus que Google pour voir Bing devenir le moteur de recherche par défaut de l’iPhone. Difficile de savoir à quelle hauteur se situerait un tel accord, puisque Google et Apple se sont toujours refusés à révéler les termes financiers de leur partenariat.
Toujours est-il que depuis août 2009 et le départ du conseil d’administration d’Apple du patron de Google, Eric Schmidt, la hache de guerre semble avoir été déterrée.
En outre, Google est également le moteur de recherche par défaut de Safari, le navigateur web d’Apple. Il ne serait pas étonnant que Microsoft fasse du lobbying pour imposer Bing sur Mac également.
Clayton Moran, analyste au cabinet Benchmark, appuie de son côté la crédibilité de cette rumeur : « Apple voit Android comme une plate-forme concurrente, attirant des appareils concurrents, et sait que Microsoft a désespérément besoin de gagner des parts de marché dans les moteurs de recherche. Je suis sûr que Microsoft va proposer à Apple une offre économique si favorable stratégiquement et financièrement que cela aura du sens pour Apple. »
Cela dit, rien n’interdit de penser qu’Apple souhaite développer à terme son propre moteur de recherche. L’alliance avec Microsoft serait alors un moyen de gagner du temps et, surtout, de ne pas laisser Google prendre une position dominante sur ce marché. Pas si étonnant finalement, alors surtout que Microsoft cherche aussi à investir le marché de la téléphonie mobile avec Windows Mobile.
Reste maintenant à savoir si les consommateurs s’y retrouveront. Un utilisateur habitué à Google pourrait ne pas trouver Bing à son goût même s’il faut avouer que les dernières améliorations apportées à Bing le rendent plutôt agréable à l’utilisation.
Hollywood se lance dans la vente en ligne de fichiers vidéo pour contrer le piratage sur le Web
Lundi 11 janvier 2010
Ces dernières années, l’industrie du film en général et Hollywood en particulier ne se souciaient pas trop du Web. Naturellement protégée par la taille des fichiers, a contrario de l’industrie du disque ou de la Presse, Hollywood n’avait pas de besoin impérieux de trouver une parade au téléchargement illégal ou au streaming. Il faut désormais conjuguer ce constat au passé car désormais, l’industrie du cinéma songe à se doter d’armes pour contrer le piratage car, progrès technologiques obligent, quelques minutes suffisent désormais pour télécharger ou visionner un film sur le Web.
La semaine dernière, Hollywood a donc lancé deux systèmes pour vendre en ligne des films et des séries télévisées. Les initiatives sont plutôt bien pensées et ont pris compte des erreurs commises par d’autres industries dans le passé comme nous le verrons dans cet article, mais elles sont peut être déjà trop tardives.
D’après le groupe Adams Media Research, le téléchargement légal aux Etats-Unis n’a atteint « que » 250 millions de dollars en 2009. Dans bon nombre d’autres pays, il n’y a d’ailleurs aucune offre légale pour télécharger un film ou une série TV. Ce marché semble donc ne pas intéresser les acteurs concernés… Sauf que les ventes de DVD, le support qui a fait la fortune d’Hollywood cette dernière décennie, sont en chute libre. De 12 milliards de dollars en 2004, elles sont passées à 8,7 milliards en 2009.
Un format unique et multiplateforme pour faire oublier la VOD
Le regain d’intérêt pour le marché de la location peut expliquer en partie ce phénomène, certaines sociétés, comme Netflix, proposant par exemple un abonnement mensuel permettant de visionner des films de manière illimitée. Au-delà de ça, la concurrence au DVD se trouve bien sur le Web. Il existe d’innombrables sites de téléchargement illégal, et fermer un site ne résout rien : la fin de Napster n’aura pas sauvé l’industrie du disque de bilans catastrophiques puisqu’en matière de sites pirates, la règle est « un de fermé, dix de retrouvés ». Il faut donc proposer au consommateur une solution alternative qui soit aussi attractive, afin de justifier que l’on paye pour obtenir ce que l’on pourrait avoir gratuitement ailleurs, même illégalement.
Le Digital Entertainment Content Ecosystem (DECE) ne s’y trompe d’ailleurs pas, puisque ce consortium regroupant entre autres les plus grands studios d’Hollywood (Fox, Warner, Paramount, Universal, Lionsgate) et les fabriquants de DVD (Sony, Samsung, Philips, Panasonic etc.) est parvenu la semaine dernière à un accord sur un format unique lisible sur toutes les plateformes disponibles (ordinateur, TV, téléphone mobile, console de jeu etc.) et sur la mise en place d’une structure unique qui sera chargée de garder toutes les traces des achats de films afin de les rendre accessibles sur les autres plateformes disponibles.
Le but : rendre la vente en ligne de films et séries TV plus attrayante pour le consommateur. La vidéo ainsi vendue en ligne pourra être regardée sur plusieurs plateformes et, dans la mesure où elle ne sera pas téléchargée mais stockée sur un serveur distant, l’utilisateur n’aura pas à la transférer de lecteur en lecteur.
A noter que parmi les autres participants à ce projet, on retrouve Microsoft, Adobe, HP, Intel.
Mitch Singer, patron du DECE, cherche ainsi à créer un format unique et libre qui, comme le CD ou le DVD, encouragerait la compétition et l’innovation. Il assure par ailleurs que le système sera opérationnel d’ici quelques mois.
Ce choix reflète bien entendu la volonté manifeste de ne pas répéter le flop de la VOD (« video on demand), dû selon certains à la multiplicité des formats et des restrictions.
Un avis que semble partager le studio Disney, seul géant de l’industrie à ne pas se trouver dans le consortium DECE. Début janvier, le groupe a lui aussi annoncé le lancement de KeyChest, son système de format vidéo unique.
Reste donc à savoir qui de Disney ou du consortium remportera l’adhésion des distributeurs et des consommateurs.
Car c’est bien là tout le sens de cette bataille dans laquelle viennent de s’engager les grands noms traditionnels de l’industrie du cinéma : ne pas laisser filer leur clientèle vers d’autres entreprises. Autrement dit, ne pas voir se répéter un scénario qui a vu Apple et Amazon prendre une position dominante sur les marchés du téléchargement légal de fichiers musicaux et du livre électronique (e-book). En occupant la première place de ces industries et en reliant les contenus à leurs propres matériels, l’iPod et Kindle, Apple et Amazon dictent désormais leur loi sur les médias traditionnels qui contrôlaient ces marchés, jusqu’à ce que le Web n’entraîne une redistribution des cartes.
Et c’est d’ailleurs là que le bas blesse car dans le nouveau schéma prévu par le DECE, Apple ne figure nulle part alors que la boutique en ligne d’iTunes propose déjà des téléchargements légaux de films et séries TV. Or, comment se passer d’Apple et des millions d’utilisateurs de ses produits (iPhone, iPod, Mac etc.) ? Une autre difficulté sera de convaincre les consommateurs de payer pour quelque chose d’immatériel, sans parler de l’épineux sujet du prix qui sera proposé : un prix trop bas et les studios d’Hollywood y verront une menace pour la survie du DVD tandis qu’un prix trop élevé conduira très certainement les gens à louer les films ou à les télécharger… illégalement.
