Quelques mois après le bras de fer qui a opposé Google au gouvernement de Pékin, la Chine s’apprête à lancer son propre moteur de recherche sur le Web. L’agence de presse Xinhua et l’opérateur téléphonique China Mobile – le plus grand au monde avec plus de 500 millions d’abonnés – ont en effet annoncé le 12 août dernier qu’ils allaient collaborer à l’établissement d’un nouveau moteur de recherche.
Après avoir finalement renouvelé la licence de Google lorsque ce-dernier a cessé de redirigé les internautes chinois vers sa version hongkongaise, il n’est sans doute pas faux de voir là une conséquence directe de la mini-crise qui a opposé les deux parties autour de la Grande muraille du Web, à savoir le système de filtrage des sites internet qui a cours en Chine. En plus d’un système de censure généralisé, la Chine impose aux moteurs de recherche installés dans le pays de respecter la loi et, donc, de filtrer eux-mêmes les résultats qu’ils proposent aux internautes.
Censure contre les sites politiquement dissidents bien sûr, mais aussi censure contre les sites pornographiques, sectaires et tout ce qui est jugé dangereux pour la stabilité du régime par le Parti communiste chinois.
Depuis cette fameuse polémique, le gouvernement chinois a ainsi reconsidéré sa position dans le domaine de la recherche sur le Web, et il sait très bien que comme aucun système de filtrage n’est parfait, les sites web interdits pourraient être trouvés par les citoyens chinois, d’autant qu’un revirement de Google n’est peut être pas impossible.
Or, s’il est loin derrière Baidu, Google possède tout de même la bagatelle de 37% de parts de marché selon StatCounter.
Baidu justement, avec ses 60% de parts de marché, se montre plus coopératif dans le filtrage des résultats, mais il n’en reste pas moins un groupe privé sur lequel Pékin n’a donc pas totalement prise.
L’information, et plus généralement ce qui peut être vu sur le Web, est donc tout l’enjeu de cette bataille dans laquelle l’Etat chinois vient de se lancer très officiellement.
Zhou Xisheng, le vice président de l’agence Xinhua – qui dépend directement du Parti communiste chinois dont elle est la voix officielle – a d’ailleurs déclaré lors de la cérémonie de signature de l’accord que « les moteurs de recherche jouent un rôle de plus en plus important dans la dissémination de l’information, et influencent l’opinion publique ».
Comme on n’est jamais mieux servi que par soi même, Pékin a dû se résoudre à l’évidence que pour contrôler au mieux les résultats des moteurs de recherche, le plus efficace était encore d’avoir son propre moteur. Une décision finalement peu surprenante, tant la dissidence est vue en Chine comme une source d’instabilité.
A noter, enfin, que si le lancement du moteur n’a pas encore été annoncé, il est probable qu’il disposera d’une régie publicitaire à l’instar de Google.
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L’Etat chinois annonce la création de son propre moteur de recherche
Mercredi 18 août 2010Google Chine recrute
Mercredi 3 mars 2010
Si Google ne passera pas par Pékin lors de sa tournée asiatique de présentation du Nexus One, les relations entre la firme de Mountain View et la Chine semble s’apaiser après la vague de piratage qu’a subi le géant du Web et les menaces de quitter la Chine si celle-ci ne revenait pas sur sa politique de filtrage d’Internet.
En effet, Google Chine a lancé une campagne de recrutement d’une quarantaine d’ingénieurs, responsables des ventes, et chercheurs à Shanghai, Ghangzhou, et Pékin, preuve qu’après l’ultimatum lancé en janvier dernier le groupe ne compte finalement pas se retirer de Chine et continuera de se conformer aux exigences du gouvernement chinois.
Pour l’analyste Li Zhi, de la société Analysis International, Google est en train de résoudre le différend qui l’oppose au gouvernement chinois depuis la désormais célèbre affaires des cyber attaques contre nombre de comptes Gmail. Mais il est encore trop tôt pour affirmer que Google a obtenu gain de cause et pourra fournir des résultats de recherche non filtrés.
D’autant que les médias chinois ont récemment critiqué le partenariat entre Google et la NSA (National Security Agency), cette-dernière devant aider Google à analyser les piratages dont il a fait l’objet récemment.
Même si une telle alliance n’a rien de nouveau, des agents de sécurité d’une autre société américaine, Cisco, travaillant déjà au sein de Google, elle pose la question de l’opportunité pour Google de donner à ces sociétés la possibilité de réunir de nombreuses informations sur les internautes chinois, les plus nombreux au monde avec environ 384 millions d’utilisateurs d’Internet.
Pour le professeur Zhou Yongbin, de l’Académie des Sciences, une telle coopération n’est pas loin de relever de l’espionnage. Dans ces conditions, nul doute que les relations entre Google et la Chine, si elles s’améliorent, ressemblent plus au mariage de raison qu’à l’union sacrée.
Le Web rapproche les internautes de Chine et de Taiwan
Lundi 1 mars 2010
Souvent décrié, le Web n’en reste pas moins un outil d’ouverture, même là où on ne l’attend pas. Récemment pointée du doigt pour sa politique de filtrage d’Internet, la Chine, ou plutôt les jeunes chinois, s’ouvre au reste du monde et notamment à Taiwan, son ennemi juré, grâce au phénomène dénommé « Taiwan veut savoir », lancé par les sites web QQ.com et ipeen.com.tw.
De plus en plus nombreux, de jeunes citoyens des deux pays s’intéressent à leurs voisins dont la vision et la compréhension sont troublées par l’information relayée par les médias dits traditionnels comme la presse écrite, la radio ou la télévision. C’est un peu comme si à l’époque du mur de Berlin, de jeunes étudiants de l’Est et de l’Ouest avait communiqué entre eux. Si c’avait été le cas, il est assez probable que l’Allemagne se trouvât réunifiée bien avant 1989.
S’il est encore trop tôt pour parler de détente et de rapprochement entre la Chine et Taiwan, les futures générations transformeront vraisemblablement l’essai marqué par ces deux sites internet.
A-travers ces deux portails web, des jeunes d’une vingtaine d’années en moyenne se parlent et échangent leurs points de vues dans deux mondes que l’histoire oppose depuis plus de 50 ans. Rien de révolutionnaire techniquement puisqu’il s’agit de sites où les participants peuvent publier leur profil, photos à l’appui, et communiquer avec les autres membres du site. Mais c’est bien le fait qu’un pont se soit érigé entre la Chine et Taiwan qui est remarquable en l’espèce.
La plupart des échanges portent sur des questions relatives aux études, au travail et au divertissement. Rien de très politique, mais ce premier lien tissé posera inévitablement les bases politiques de demain.
Yeh Hui-ching, le responsable du site taïwanais, précise que depuis son lancement, les connexions depuis la Chine ont triplé. Mieux, sur les forums chinois, on parle de plus en plus de ces deux sites et, donc, de la possibilité de briser la barrière du silence dressée jusqu’alors entre les deux pays.
Et le constat n’a rien de surprenant finalement : Yeh déclare que « plus les jeunes apprennent à se connaître via Internet, plus ils trouvent des similitudes entre eux. Certains sont même devenus amis ».
« Nous sommes très curieux de découvrir comment les choses se passent de l’autre côté, mais il y a peu de sites web facilitant la communication entre les jeunes des deux pays », affirme Hsu Zih-yun, une utilisatrice du site de 24 ans résidant à Taipei.
Du côté chinois également, on se rend compte de cette opportunité qu’offre le Web pour échanger aujourd’hui et construire les relations de demain entre les deux pays. « Ce n’est qu’un début. On se rend compte que les jeunes du continent et ceux de Taiwan désirent se parler encore plus. Ils ne se fient plus à la télé, aux films, ou aux publications habituelles », souligne Li Chun, le responsable du site web chinois QQ.com. « Aujourd’hui, nous avons besoin de nouveaux sites, plus créatifs, afin de renforcer la compréhension mutuelle entre nos deux nations », continue-t-il.
Espérons que le Web continue d’être cet espace de communication incroyable, sans frontières, et que grâce aux échanges qu’il permet, des relations plus paisibles et plus rationnelles se construisent. Ce n’est peut-être qu’une utopie, mais elle a le mérite de donner un espoir à ceux qui ne trouvent à Internet que des défauts.
Microsoft corrige la faille de sécurité d’Internet Explorer en cause dans le piratage de Google
Vendredi 22 janvier 2010
A circonstances extraordinaires, réponse extraordinaire. Microsoft vient en effet de mettre en ligne une mise à jour de sécurité exceptionnelle. La faille de sécurité du navigateur web Internet Explorer ainsi réparée aurait permis aux pirates informatiques d’attaquer plusieurs services web de Google il y a une dizaine de jours. Cette opération de piratage a été surnommée « Aurora » par l’éditeur de solutions de sécurité McAfee.
Microsoft avait d’ailleurs rapidement reconnu sa responsabilité dans le hacking ciblant Google et une vingtaine d’autres sociétés, dont Adobe. Mike Reavey, directeur du Security Response Center de Microsoft, avait réagi en ce sens le 14 janvier dernier : « Internet Explorer a été l’un des vecteurs utilisés par les attaques sophistiquées et ciblées contre Google et d’autres réseaux d’entreprise ». Selon lui, c’est surtout l’ancienne version du navigateur, Internet Explorer 6, qui est problématique.
Ce n’est pas vraiment une surprise, tant la version incriminée du célèbre navigateur, IE6, a déjà fait l’objet de sévères critiques. D’ailleurs, Mike Reavey recommande vivement à ses utilisateurs de migrer vers la dernière version de son logiciel : Internet Explorer 8. Car malgré l’ancienneté d’IE6, de nombreux internautes continuent de l’utiliser.
Mais choisir une version plus récente d’Internet Explorer ne paraît pas être la meilleure solution. Ce sont bien tous les navigateurs et systèmes d’exploitation de Microsoft qui sont en cause : dans un bulletin d’alerte publié le 14 janvier, la firme de Redmond précisait que la vulnérabilité relevée concerne toutes les versions d’Internet Explorer et tous ses systèmes d’exploitation (Windows 2000, Windows XP, Vista et même Windows 7).
Avant la correction de cette faille de sécurité, de nombreuses organisations gouvernementales avaient recommandé de ne plus utiliser Internet Explorer et de lui préférer un navigateur alternatif comme Firefox, Chrome, Opera ou Safari. En France notamment, le Centre d’Expertise gouvernemental de Réponse et de Traitement des Attaques informatiques (CERTA) suggérait ainsi l’utilisation d’un autre navigateur dans l’attente d’un correctif de Microsoft.
En Allemagne ou en Australie également, on préconisait de changer purement et simplement de navigateur.
Un coup dur pour Microsoft, dont le navigateur web est en perte de vitesse malgré une avance confortable sur ses concurrents. Mais ces parts de marché sont à relativiser quand on sait la position de quasi monopole qu’occupait le navigateur il y a quelques années.
Le malheur des uns faisant invariablement le bonheur des autres, les conséquences du piratage Aurora sur le marché des navigateurs web ne se sont pas faîtes attendre. Les navigateurs Firefox et Opera ont ainsi connu un important pic de téléchargement en France et en Allemagne ces derniers jours.
En Allemagne, les téléchargements quotidiens de Firefox sont ainsi passés de 60.000 à 200.000.
Une hausse de 40% des téléchargements du navigateur Opera a été constatée en Australie.
Si la rapidité avec laquelle Microsoft a publié un correctif à la faille de sécurité constatée peut être saluée, le mal est fait. L’image du navigateur Internet Explorer, déjà vivement critiqué, est quant à elle largement (définitivement ?) écornée. Et avec lui c’est Microsoft dans son ensemble qui devrait pâtir des derniers évènements.
On peut donc affirmer avec cynisme que dans son malheur, Google y verra là un motif de satisfaction.
Baidu.com porte plainte contre son fournisseur de nom de domaine américain
Jeudi 21 janvier 2010
Nouvelle affaire de piratage entre les Etats-Unis et la Chine: le leader chinois de la recherche sur internet, le moteur Baidu.com, a déposé une plainte à New-York contre la société gérant son nom de domaine.
Baidu accuse en effet Register.com d’importantes négligences ayant rendu possible le piratage du site le 12 janvier dernier. A la suite de cette attaque caractérisée par une manipulation extérieure de son DNS situé aux Etats-Unis, le moteur était inaccessible pendant plus de 3 heures. Une éternité pour ce site web qui n’avait connu jusque là qu’une panne d’une trentaine de minutes en décembre 2006.
L’attaque était matérialisé par un lien de redirection vers le site web d’un groupe autoproclamé « La cyber armée iranienne ». Les mêmes pirates qui avaient hacké Twitter le mois dernier, démontrant ainsi que les Etats-Unis n’ont pas le contrôle du Web.
Si on peut comprendre que Twitter soit la cible d’un tel groupe au regard du rôle joué par le réseau social lors des manifestations post-élections, l’attaque d’un site chinois prête à confusion.
Rappelons en effet que la Chine fait poids au conseil de sécurité de l’ONU pour retarder la prise de sanction contre le régime de Téhéran dans le cadre du programme nucléaire iranien. Dans ces conditions, il est plutôt étrange que ce groupe s’attaque à un site web chinois.
Espérons que la plainte déposée permette de nous éclairer sur les tenants et aboutissants de cette affaire.
Google menace de quitter la Chine : décision politique ou constat d’échec ?
Dimanche 17 janvier 2010
Lorsque les thèmes des libertés individuelles et de la censure en Chine ressort, il fait toujours les choux gras des médias bien pensants, ceux-ci ne ratant pas l’occasion de donner la leçon au régime chinois. Les récentes crises au Tibet ou au Xinjiang, et le flot de discours cuisinant les droits de l’homme à toutes les sauces, nous le rappellent que trop bien. Quand l’empire du milieu s’en prend à l’empereur d’Internet, c’est le monde du Web qui s’émeut, et avec lui les pourfendeurs habituels du politiquement correct qui, une fois n’est pas coutume, se font l’écho de la pensée unique et, à défaut de connaître toutes les réalité du terrain en Chine, dressent un tableau parfois incorrect de la situation entre Google et le gouvernement chinois.
Derrière cette accroche racoleuse et volontairement polémique, l’objet de cet article est bien d’extrapoler sur cet évènement qui a fait grand bruit ces derniers jours, tant sur le Web que dans les médias traditionnels. La volonté affichée ces derniers jours par Google de vouloir quitter la Chine reste malgré tout d’une portée relative et, à la réflexion, semble être teintée d’opportunisme politique.
Mais avant cela, petit rappel des faits : avant de faire son entrée sur le marché de la recherche sur le Web en Chine, en janvier 2006, et dont il détient aujourd’hui environ 38%, Google avait dû se soumettre à un pacte de bonne conduite, non sans scandale d’ailleurs. En clair, Google peut exercer son activité en Chine à condition de filtrer certains résultats que les dirigeants chinois voient d’un mauvais œil. Comme les informations sur la répression de Tienanmen ou sur le dalaï-lama par exemple. Bon an mal an, Google acceptât ce diktat en raison de perspectives financières au potentiel énorme.
Mais aujourd’hui, Google se drape de nouveaux habits : ceux d’un ardent défenseur des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Un peu paradoxal, donc, quand on connaît le contexte de l’arrivée de Google sur le marché chinois.
En début de semaine, Google s’est plaint de tout autre chose. D’être la cible de nombreuses cybers attaques qui, selon la firme de Mountain View, perdurent depuis de nombreux mois.
Selon des experts américains de la sécurité sur Internet, ces attaques seraient trop bien conçues pour être le fait d’une simple bande de pirates. Pourtant, sur son blog, Google fait état de l’usage de techniques couramment utilisée et qui n’ont rien de révolutionnaire : le phishing et les malwares. Il ne s’agirait donc en aucun cas de l’exploitation d’une faille de sécurité.
En l’occurrence, le but de ces attaques, selon le géant de l’Internet, aurait été la volonté de voler des codes d’accès de comptes utilisés par des militants chinois des droits de l’homme, utilisant la messagerie électronique Gmail.
Si c’est bien de phishing et de l’usage de malwares dont il s’agit, on peut donc émettre quelques réserves quant à la sophistication desdites attaques. En effet, ces techniques sont bien connues des pirates, et ce depuis de nombreuses années.
Néanmoins, il ne faut pas minimiser cet état de fait. En 2009 par exemple, une vague d’attaques informatiques sans précédents avait été menée, depuis des serveurs situés en Chine, contre une centaine d’entreprises américaines.
Les cybers attaques : une tempête dans un verre d’eau
Google a donc réagi à ce piratage d’envergure en renforçant les paramètres de sécurité de ses services. Avant, finalement, d’annoncer qu’il envisageait sérieusement de quitter le marché chinois si les discussions à venir avec le gouvernement chinois ne lui permettaient pas de proposer des résultats non censurés. Avec cet ultimatum, Google s’exclut de facto du marché chinois tant il paraît impensable d’assister à un tel revirement de la part des autorités chinoise.
Une décision qui nous amène à soulever plusieurs questions :
Contractuellement, Google a signé un document sur lequel il s’engage à respecter la ligne politique imposée par Pékin. Or, jusqu’à preuve du contraire, la Chine est une nation souveraine. D’ailleurs, Microsoft a rapidement confirmé par l’intermédiaire de son PDG qu’il respecterait la loi chinoise et ne quitterait pas le pays. Dès lors, pourquoi vouloir revenir sur des règles dont Google savait, dès le départ, que la Chine se montrerait intransigeante ? Sans doute plus médiatisée lorsqu’il s’agit de la Chine, la censure et la surveillance sur internet ne s’exerce pas moins dans le reste du monde. C’est d’ailleurs la ligne défendue par Pékin pour justifier sa politique de censure : si les autres le font, pourquoi pas nous ?
La première réaction officielle du gouvernement chinois en provenance de Wan Chen, ministre du Bureau de l’information, présente par ailleurs la censure comme un élément indispensable de la politique de Pékin : « notre pays est à un stade crucial de réforme et de développement et c’est une période de conflits sociaux sensibles. Diriger l’opinion sur internet de façon appropriée est une mesure essentielle pour protéger la sécurité de l’information sur internet ».
En effet, la société chinoise est très concernée, sinon obsédée, par l’ordre. Elle est également effrayée par la dissidence politique. D’où l’arsenal mis en place pour éviter toute propagation d’un vent de contestation. L’Occident, quant à lui, se trouve en état d’alerte sur toutes les questions touchant au terrorisme. Les lois dîtes du PATRIOT Act ne peuvent elles-pas être considérées comme liberticides ? N’y a-t-il pas, chez nous aussi, une surveillance – illégale – du Web autour de certains mots-clés liés à la grande nébuleuse du Djihad ?
Bien que différentes, ces deux situations peuvent être mises en perspective. Elles permettent en tout cas d’aborder la question de la censure d’Internet en Chine sous un angle différent.
Par ailleurs, le revirement de Google sur le filtrage des résultats de recherche sur Internet intervient après une nouvelle vague de piratages informatiques. Soyons honnêtes : il n’y a là pas vraiment de rapport. Sauf à faire de la politique, c’est contre le piratage que Google devrait s’insurger. Pas contre la censure, aussi injustifiable soit-elle.
Enfin, contrairement aux autres marchés, Google n’est pas maître en Chine. C’est le moteur de recherche chinois Baidu qui occupe la place de leader, avec 59% de parts de marché contre 38% à Google (chiffres StatCounter, janvier 2010). Certes, en quittant la Chine, Google perdrait gros. Mais venant de Google, on ne peut croire que cette décision n’a pas été mûrement réfléchie, peut-être même avant ces derniers évènements.
D’une part le géant du Web se poserait en défenseur des libertés et redorerait son image parfois écornée par l’assimilation faite entre la firme de Mountain View et « Big Brother ». D’autre part, le groupe ne réalisant « que » 600 millions de dollars de chiffre d’affaire en Chine, une goutte d’eau pour Google, la portée de ce départ resterait donc toute relative en termes financiers.
Google, un cas isolé ?
Toujours selon le blog officiel de Google, il y aurait eu une vingtaine de sociétés qui auraient été visées par ces cybers attaques. L’éditeur de logiciel Adobe a par exemple annoncé que lui aussi avait été victime de piratages informatiques de grande ampleur.
Les concurrents de Google, notamment Microsoft ou HP, l’ont malgré tout assez vite affirmé : ils ne quitteront pas la Chine. Le PDG de Microsoft, Steve Ballmer y a même été d’un très laconique « c’est l’affaire de Google ». Avant de proposer une explication qui relativise les attaques dont s’est plaint Google : « Toutes les grandes organisations sont attaquées. Je ne pense pas que ce soit un changement fondamental de la sécurité sur Internet ». Circulez, y’a rien à voir. Surtout lorsqu’on lui pose la question de savoir si le moteur de recherche de Microsoft, Bing, arrêtera de filtrer les résultats. A croire qu’il est difficile d’avouer son impuissance lorsque l’on gère une des sociétés les plus importantes au monde.
Le patron de HP, Mark Hurd, a été plus honnête sur ses motivations de ne pas suivre le chemin emprunté par Google, présentant ainsi la Chine et sa population d’un milliard et demi d’habitants comme « un marché incroyable avec un croissance énorme ».
Du côté de Yahoo en revanche, on soutenait Google sans pour autant préciser si le groupe avait été lui aussi victime d’attaques. Un porte parole indiquait récemment : « nous condamnons toute tentative d’infiltration dans les réseaux d’entreprises destinée à obtenir des informations sur les utilisateurs. Nous soutenons que ces genres d’attaques sont profondément dérangeants et croyons fortement que nous, les pionniers d’Internet, devons tous nous opposer à la violation de la vie privée des utilisateurs ».
Est-on amnésique ou cynique chez Yahoo pour vanter ainsi la vie privée de ses utilisateurs ?
Rappelons en effet que la firme américaine dénonce régulièrement des dissidents au gouvernement chinois en vertu d’un pacte d’autodiscipline signé en 2002 avec l’Etat chinois ! Au tableau de chasse de Yahoo : le journaliste Li Yuanlong, condamné à 2 ans de prison après que Yahoo ait fourni aux autorités chinoises tous les éléments nécessaires à son arrestation, et les dissidents Shi Tao et Li Zhi, respectivement condamnés à 10 et 8 ans de prison grâce à la collaboration de Yahoo.
Et c’est probablement la partie émergée de l’iceberg : l’association Reporters Sans Frontières accuse régulièrement Yahoo de pratiquer la dénonciation pour plaire aux autorités chinoises. En 2006, RSF et le Committee to Protect Journalists exigeaient ainsi de Yahoo la révélation des informations qu’ils ont pu fournir à propos de journalistes et d’écrivains recherchés par le gouvernement de Pékin.
En bref, Yahoo aura raté une bonne occasion de se taire.
Washington vole au secours de Google
La Maison blanche y est allé elle-aussi de sa tirade, soutenant la décision de Google de ne plus accepter la censure chinoise concernant les recherches sur internet. Une intention louable en soit, mais qui disparaîtra bien vite lorsque sera venu le temps de négocier de juteux contrats avec la Chine.
Si la politique de contrôle de l’internet pratiquée par Pékin est sujette à controverse – probablement avec raison – la meilleure approche est sans doute de laisser le peuple chinois présider à son propre destin. Paris ne s’est pas fait en un jour. Il est donc vraisemblable qu’avec le temps, et la poursuite du développement que connaît la première puissance économique mondiale, les autorités chinoises finissent par assouplir leur politique en matière de libertés individuelles.
Sans être automatique, les poussées démocratiques se font dans un contexte de promotion de l’individu, laquelle passe notamment par la consommation et la représentation d’une sphère privée et autonome de vie.
A ce titre, les manifestations de soutien ou les encouragements qu’a reçus Google de la part de nombreux manifestants chinois démontrent que la conscience politique du peuple s’éveille. Que ce processus prenne du temps n’a finalement rien d’étonnant pour un pays qui n’a connu d’autre régime que celui du parti unique depuis presqu’un siècle.
Toujours est-il qu’à l’endroit des critiques de la Chine, on pourrait réclamer plus d’honnêteté intellectuelle, et avec, un bon coup de balais devant leur porte.
La Chine censure le X sur les sites web mobiles
Vendredi 4 décembre 2009
En Chine, les campagnes anti-pornographie ont longtemps été l’apanage du Parti communiste, illustrées ces dernières années dans les médias officiels par des images de rouleaux compresseurs géants broyant des piles de DVD pornographiques.
Désormais, la police des mœurs du partie se concentrent sur un phénomène moins tangible, mais envahissant apparemment de plus en plus le marché du X : le porno sans fil.
Le ministère de la Sécurité Publique a récemment lancé une campagne de répression de la pornographie sur les téléphones portables, ciblant les sites utilisant des protocoles sans fil ou WAP – méthodes habituelles de mise en ligne de sites Web pour téléphones mobiles. La campagne se concentre sur les grandes villes comme Shanghai, Pékin, Guangdong – où de nombreux sites chinois en WAP sont enregistrées – et se poursuivra jusqu’à la fin de l’année, selon les responsables de la Sécurité Publique.
La campagne a rapidement pris de l’ampleur et devient une affaire importante pour trois opérateurs de télécommunications sous licence en Chine (China Mobile, China Unicom et China Telecom) auxquels le ministère de l’Industrie, de la Technologie et de l’Information, a ordonné de prendre les mesures adéquates. Le ministère estime que ces trois sociétés fournissent actuellement des services WAP à quelque 192 millions d’utilisateurs de téléphone mobile.
Et en Chine, quand le gouvernement demande à un opérateur privé d’agir, ce-dernier s’exécute rapidement : lundi dernier, China Mobile a ainsi annoncé la suspension des paiements pour tous les fournisseurs WAP avec lesquels elle travaille, en attendant un examen plus approfondi des services proposés. China Mobile a déclaré qu’elle avait bloqué 626 sites à caractère pornographique pour mobiles à partir de dimanche après-midi, parmi lesquels figurent 478 sites étrangers, et 148 sites hébergés sur des serveurs chinois (dont six qui étaient installés sur des serveurs de la société China Mobile elle-même).
C’est en tout cas un coup d’arrêt porté à l’industrie du X en Chine, au moment où les services 3G se multiplient rapidement. Alors que les premières licences ont été accordées en janvier dernier, on comptait au 30 septembre 2009 plus de 7 millions d’utilisateurs de portables 3G.
Les critiques n’ont pas manqué de prétendre que les opérateurs de réseaux WAP ont bénéficié de la pornographie mobile avant de se soumettre aux exigences du gouvernement chinois. Ces sociétés faisaient ainsi payer à leurs abonnés les connexions sans fils et réalisaient des profits grâce à une pratique désormais jugée illégale en Chine.
La campagne contre les sites WAP pornographique fait partie d’un effort global du gouvernement chinois pour lutter contre les contenus obscènes sur le Web, les casinos en ligne et la publication de films et séries télé censurées. L’actuelle campagne de lutte contre les sites X, lancée en août, a déjà vu la fermeture de 6972 sites web à caractère pornographique. Pour l’heure, 41 personnes seraient détenues pour avoir publié des contenus pornographiques sur les réseaux pour téléphones portables. Au total, ce seraient quelques 868 personnes qui auraient été arrêtées depuis le début de la campagne lancée en août dernier.
