Il ne faut jamais crier victoire trop tôt… C’est ce que doivent penser aujourd’hui les dirigeants de Youtube. Trois jours à peine après qu’un jugement d’Ankara permit au site de partage de vidéos de revenir dans le paysage numérique turc, une nouvelle affaire de censure vient de frapper le site internet.
Rappel des faits : en 2007, Youtube avait été bloqué suite à une plainte déposée par un particulier, jugeant certaines vidéos et, par ricochet, le site dans son ensemble « irrévérencieux » à l’égard de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur et premier président de la République turque.
Youtube avait ainsi été bloqué en Turquie pendant près de trois ans.
En fin de semaine dernière, à la faveur d’une nouvelle décision judiciaire, Youtube était à nouveau disponible en Turquie. Un jugement salué par la communauté internationale, et plus précisément l’Union Européenne dont, rappelons-le, la Turquie souhaite devenir membre.
Patatras. La censure turque vient de frapper à nouveau le site filial de Google, décidément acteur bien malgré lui des affaires de censure sur le Web les plus retentissantes.
Au fond, rien de surprenant : la décision du tribunal d’Ankara, intimant l’accès possible à Youtube depuis la Turquie, ne reposait que sur la constatation de la suppression des vidéos incriminées en 2007. D’autre part, la question de la censure sur internet en Turquie restait posée dans la mesure où elle atteint des proportions inquiétantes et touche plusieurs milliers de sites web. En effet, selon certaines associations de défense des droits de l’Homme, ce sont plus de 5.000 sites internet qui seraient ainsi bloqués aux portes numériques de la Turquie.
En effet, la censure s’inscrit très officiellement dans la législation turque, qui prévoit à l’article 8 de la loi 5651 la possibilité de bloquer l’accès à des sites web si l’un de 8 délits suivants est constitué : incitation au suicide, exploitation sexuelle et abus d’enfants, facilitation de l’usage de drogues, fourniture de substances dangereuses pour la santé, obscénité, paris en ligne, crimes commis contre Atatürk.
Politiquement, cette décision peut en revanche paraître déroutante en raison des appels répétés du gouvernement turc, dirigé par un parti islamiste modéré, en faveur de la levée de la censure contre Youtube. Une volonté affichée de nature à ne pas froisser les partenaires européens du pays d’une part, et répondre positivement aux pressions de l’OSCE d’autre part (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe).
Alors pourquoi le retour à cette situation de blocage ?
Nous le disions, la décision du tribunal d’Ankara restait somme toute fragile, et les mêmes causes ont fini par produire les mêmes effets.
Cette fois, le motif invoqué pour bloquer l’accès à Youtube est la mise en ligne d’une vidéo compromettante où l’on peut voir Deniz Baykal, ancien leader de l’opposition turque, dans une chambre en compagnie d’une autre femme que la sienne. Une situation d’adultère qui avait provoqué sa démission en mai dernier.
Là encore, une vidéo compromettante pour une personnalité politique turque a suffit à interdire Youtube aux quelques 70 millions de citoyens turcs.
En guise de conclusion, nous reprendrons l’analyse d’Erol Önderoglu, correspondant de Reporter Sand Frontière en Turquie pour qui la décision du tribunal, si elle peut paraître justifiée au regard du droit turc, est disproportionnée car les tribunaux n’ont pas d’autre choix que de fermer un site entier s’il est impossible d’enlever les pages où se trouvent les vidéos incriminées.
Archive pour le mot-clef ‘censure’
3 petits jours et puis s’en vont : la Turquie censure à nouveau le site Youtube
Jeudi 4 novembre 2010L’Etat chinois annonce la création de son propre moteur de recherche
Mercredi 18 août 2010
Quelques mois après le bras de fer qui a opposé Google au gouvernement de Pékin, la Chine s’apprête à lancer son propre moteur de recherche sur le Web. L’agence de presse Xinhua et l’opérateur téléphonique China Mobile – le plus grand au monde avec plus de 500 millions d’abonnés – ont en effet annoncé le 12 août dernier qu’ils allaient collaborer à l’établissement d’un nouveau moteur de recherche.
Après avoir finalement renouvelé la licence de Google lorsque ce-dernier a cessé de redirigé les internautes chinois vers sa version hongkongaise, il n’est sans doute pas faux de voir là une conséquence directe de la mini-crise qui a opposé les deux parties autour de la Grande muraille du Web, à savoir le système de filtrage des sites internet qui a cours en Chine. En plus d’un système de censure généralisé, la Chine impose aux moteurs de recherche installés dans le pays de respecter la loi et, donc, de filtrer eux-mêmes les résultats qu’ils proposent aux internautes.
Censure contre les sites politiquement dissidents bien sûr, mais aussi censure contre les sites pornographiques, sectaires et tout ce qui est jugé dangereux pour la stabilité du régime par le Parti communiste chinois.
Depuis cette fameuse polémique, le gouvernement chinois a ainsi reconsidéré sa position dans le domaine de la recherche sur le Web, et il sait très bien que comme aucun système de filtrage n’est parfait, les sites web interdits pourraient être trouvés par les citoyens chinois, d’autant qu’un revirement de Google n’est peut être pas impossible.
Or, s’il est loin derrière Baidu, Google possède tout de même la bagatelle de 37% de parts de marché selon StatCounter.
Baidu justement, avec ses 60% de parts de marché, se montre plus coopératif dans le filtrage des résultats, mais il n’en reste pas moins un groupe privé sur lequel Pékin n’a donc pas totalement prise.
L’information, et plus généralement ce qui peut être vu sur le Web, est donc tout l’enjeu de cette bataille dans laquelle l’Etat chinois vient de se lancer très officiellement.
Zhou Xisheng, le vice président de l’agence Xinhua – qui dépend directement du Parti communiste chinois dont elle est la voix officielle – a d’ailleurs déclaré lors de la cérémonie de signature de l’accord que « les moteurs de recherche jouent un rôle de plus en plus important dans la dissémination de l’information, et influencent l’opinion publique ».
Comme on n’est jamais mieux servi que par soi même, Pékin a dû se résoudre à l’évidence que pour contrôler au mieux les résultats des moteurs de recherche, le plus efficace était encore d’avoir son propre moteur. Une décision finalement peu surprenante, tant la dissidence est vue en Chine comme une source d’instabilité.
A noter, enfin, que si le lancement du moteur n’a pas encore été annoncé, il est probable qu’il disposera d’une régie publicitaire à l’instar de Google.
Apple, maître censeur des applications iPhone et iPod
Lundi 19 avril 2010
Une nouvelle affaire de censure pourrait écorner l’image d’Apple. Malgré les excuses de Steve Jobs en personne, la polémique née du refus d’homologation de l’application iPhone du dernier prix Pulitzer a déclenché une véritable levée de boucliers outre-Atlantique.
En France, à part quelques articles timides sur le Web, la nouvelle est passée quasi-inaperçue dans des médias habituellement diserts sur le géant de l’informatique. A croire que la critique de la firme de Cupertino ne fait pas vendre autant de papier que le matraquage publicitaire auquel nous avons récemment eu droit lors de l’annonce de l’iPad ? Ce n’est pourtant pas la première fois que la marque à la pomme prend une décision arbitraire et contestable à l’égard d’un éditeur de contenu. Il nous a paru intéressant de nous arrêter sur ce phénomène le temps d’un article.
Avec l’iPhone ou l’iPod Touch, Apple a bien évidemment réalisé des objets dont les qualités ne peuvent être remises en causes. Notre propos ne se situe pas là tant l’ergonomie et la simplicité de ces produits semblent faire l’unanimité. En revanche, l’obligation de passer par l’App Store pour ajouter un logiciel nous paraît plus contestable, encore plus lorsqu’elle s’accompagne d’un contrôle arbitraire des mœurs et de l’utilité dudit logiciel.
Pour bien comprendre, il faut en venir aux sources du problème : les conditions d’utilisation du service. Avant qu’une application ne soit téléchargeable sur l’App Store, celle-ci doit être validée par Apple. La société de Cupertino s’érige alors en censeur des contenus auxquels les utilisateurs de l’iPhone pourront avoir accès. Par exemple, en plus de contrôler la sécurité des applications et leur conformité avec les intérêts des opérateurs partenaires, une application dont le contenu sera considéré obscène, pornographique ou diffamatoire se verra refusée par Apple.
En 2008, Apple avait ainsi recalé le logiciel Comic Reader censé faciliter la lecture de bandes dessinées sur iPhone et iPod Touch. Seule disponible lors de la soumission du logiciel à Apple, la BD Murderdrome avait valu un refus au développeur de l’application au motif qu’elle était trop violente.
Apple faisait donc un premier pas vers une activité purement rédactionnelle, choisissant les contenus ayant droit de cité sur ses appareils. Qu’une entreprise privée choisisse elle-même les applications disponibles sur ses produits relève de son droit le plus strict.
Ce qui fait débat en l’espèce, c’est l’opportunité de cette censure a priori. Car pour protéger la « sécurité morale » de ses utilisateurs, Apple choisit arbitrairement les logiciels disponibles sur ses plateformes. La frontière pour départager un contenu obscène ou diffamatoire d’un contenu acceptable étant nécessairement à géométrie variable d’une personne à l’autre, les clients d’Apple se soumettent de facto aux décisions de leur gourou Steve Jobs.
Quelques semaines plus tard, un développeur proposât sur l’App Store un simulateur de pets. Nouveau refus d’Apple. Le motif : « nous avons déterminé que l’application est d’utilité limitée pour la communauté d’utilisateurs d’iPhone et iPod Touch, et ne sera pas publiée sur l’App Store ».
Même si cette décision paraît plus compréhensible sur le fond, c’est le motif retenu par Apple qui fait problème : là encore, où se situe la frontière entre un logiciel utile et un logiciel inutile ? En l’occurrence, refuser l’application est une chose. La qualifier d’inutile en est une autre. En se faisant ainsi le juge des bonnes mœurs et de l’utilité des applications iPhone et iPod Touch, Apple semble pratiquer une activité bien différente de celle qui a fait sa réputation : fabriquant de matériels et applications informatiques.
Steve Jobs fait amende honorable
La dernière polémique en date remonte au mois de décembre dernier. Le caricaturiste Mark Fiore s’était vu interdire son application iPhone, NewsToons, dont le but était de diffuser de petites animations publiées notamment sur le site SFGate.com.
Pour Apple, l’application était jugée offensante pour des personnalités publiques qu’elle tournait en dérision. Satire d’accord, mais encore faut-il qu’elle reste politiquement correcte. C’est en tout cas ce que semblait dire la société de Steve Jobs.
Cette affaire qui aurait dû en rester là a pris une autre tournure lorsque Mark Fiore a obtenu le prix Pulitzer dans la catégorie dessin de presse. Au passage, il s’agit là du premier prix décerné à un journaliste dont l’activité se situe exclusivement sur le Web. En effet, depuis 1999, ce caricaturiste s’est détourné de la presse papier pour ne publier ses œuvres que sur internet.
La mésaventure du lauréat 2010 du Pulitzer a suscité l’émotion dans la presse américaine, celle-ci fustigeant la décision d’Apple. D’autant que grâce à son statut d’hébergeur selon le Digital Millenium Copyright Act (DMCA), Apple est protégé contre toute poursuite pour diffamation aux Etats-Unis, au cas où les fameuses caricatures auraient été en effet diffamatoires.
Un argument quoiqu’il en soit dérisoire puisque le jury du Pulitzer les a jugé tout à fait acceptables et même mieux, les a couronné d’un prix très convoité.
Devant la vindicte populaire, fait rare, Apple a fait machine arrière, Steve Jobs répondant lui-même à un email lui demandant de justifier la décision de refus : « c’est une erreur qui a été corrigée ». L’application NewsToons devrait donc rapidement être disponible sur l’App Store.
Une volte-face qui a été jusqu’à gêner l’intéressé. Mark Fiore déclarait récemment se sentir mal à l’aise : « Je me suis senti un peu coupable. J’ai un traitement de faveur parce que j’ai le Pulitzer » reconnaissait-il dans un entretien avec le Wall Street Journal.
Avant lui, d’autres caricaturistes avaient vu leurs applications initialement rejetées avant qu’Apple finisse par les accepter. Tom Richmond dû aller au clash sur le Web pour voir ses dessins satiriques accessibles sur iPhone et iPod Touch. Daryl Cagle fut quant à lui contraint de se battre pendant plusieurs mois pour être accepté sur l’App Store.
Cette politique très contestable d’Apple nous fait espérer que ses concurrents ne tomberont pas dans de telles dérives. Gageons que Google ou Microsoft sauront apporter plus de souplesse pour la disponibilité des applications publiées sur leurs téléphones mobiles, surtout lorsque celles-ci touchent de près ou de loin à la politique, un domaine dans lequel Apple semble ne vouloir prendre aucun risque malgré la protection que lui confère le DMCA.
Les acteurs du Web à l’unisson contre un HADOPI mondial
Jeudi 28 janvier 2010
Si vous pensiez que Microsoft, Google et autres Facebook faisaient figure de Big Brother du Web, vous n’avez encore rien vu ! Si HADOPI vous paraissait contrevenir aux droits et libertés des citoyens, vous n’êtes pas au bout de vos surprises ! Poussés par des industriels jugeant l’ADPITC obsolète et qui voudraient durcir le droit international dans ce domaine, plusieurs Etats mènent en catimini des négociations secrètes pour imposer un nouvel ordre mondial du Web au grand dam de nombreuses associations ou organisations non gouvernementales.
L’accord, toujours en discussion, veut renforcer le droit d’auteur sur Internet. Mais certaines fuites parlent d’un filtrage des contenus, un durcissement des sanctions ou encore la fin de la confidentialité des adresses IP. Mais finalement, est-ce bien là une nouveauté?
Le traité ACTA (Anti-counterfeiting Trade Agreement – Accord commercial anti-contrefaçon)
Cet accord en négociation depuis 2007 a déjà donné lieu à 6 réunions, le septième round ayant débuté ce mardi à Guadalajara au Mexique pour se terminer le 29 janvier prochain. Le projet, qui rassemble 39 pays (les Etats-Unis, le Canada, le Mexique, l’Union Européenne, la Suisse, les Emirats arabes, la Jordanie, le Maroc, le Japon, la Corée du Sud, Singapour, l’Australie et la Nouvelle-Zélande), vise à établir un accord international sur les droits d’auteurs et les brevets, de manière à harmoniser la protection de ces droits contre les contrefaçons matérielles (médicaments) ou numériques (téléchargement illégal).
Ce sont les blocages dans les instances existantes (Organisation Mondiale du Commerce, Organisation Mondiale de la propriété industrielle, Organisation Mondiale des Douanes) qui auraient incité ces pays à se réunir de manière informelle pour mettre en place un arsenal supposément destiné à défendre les droits d’auteur.
Selon Jérémie Zimmermann, porte-parole de la Quadrature du Net, collectif qui milite pour la liberté sur Internet, dénonce l’argument consistant à invoquer l’insécurité juridique sur le Web pour mener de telles négociations, n’hésitant pas à y voir « un moyen de pression diabolique. » Il estime par ailleurs que l’ACTA voudrait « imposer un accord volontaire entre les fournisseurs d’accès internet (les FAI) et les titulaires de droits pour combattre de manière extrajudiciaire les atteintes au droit d’auteur par une riposte graduée et le filtrage ou une suppression automatisée des contenus ».
Une procédure qui avait été jugée inconstitutionnelle par le Conseil Constitutionnel dans le cadre de la loi HADOPI, ce-dernier réclamant l’intervention d’une autorité judiciaire pour prononcer la suspension de la connexion internet des contrevenants au droit d’auteur. Les traités internationaux ayant une valeur juridique supra-législative, les dispositions d’HADOPI relatives à l’intervention du pouvoir judiciaire se trouveraient nulles et non avenues si une telle convention venait à voir le jour.
Face à cette inquiétude, le Conseil Constitutionnel ferait une nouvelle fois figure de dernier rempart dans la mesure où il attribue aux normes internationales une valeur inférieure à la Constitution de 1958, cette-dernière imposant une décision judiciaire pour toute mesure privative de liberté.
Les raisons de l’embrasement
Discuté dans le plus grand secret, comme c’est souvent l’usage pour les accords commerciaux, il est difficile d’obtenir des certitudes concernant la teneur même de ce traité qui pourrait être signé avant la fin de l’année, suite à un huitième et dernier round de négociations qui aura lieu en avril en Nouvelle-Zélande.
Jérémie Zimmermann n’a pas la même interprétation du secret qui entoure les négociations. Selon lui, les évènements relèvent du « forum shifting », une pratique répandue qui consiste « à passer d’une arène à une autre jusqu’à ce que l’on réussisse à faire valider ce que l’on veut ». Dans le cadre de l’ACTA, l’Union Européenne et ses partenaires auraient « contourné les instances démocratiques et l’opinion publique pour créer un forum ad hoc, sans transparence, avec la volonté d’échapper au processus législatif. »
Pour l’association Reporters sans Frontières, « il est fort regrettable que des discussions pouvant avoir de fortes incidences sur une liberté fondamentale comme la liberté d’expression se tiennent à l’écart du débat démocratique. »
Dans ces conditions, l’opacité des négociations amène le monde du Web à porter un regard suspicieux sur cet accord. D’autant que le Parlement européen s’est vu refuser l’accès aux documents, alors que l’industrie américaine a pu en prendre connaissance après avoir signé des accords de non-divulgation. Le négociateur de la Commission européenne, interrogé par le site lepoint.fr, affirme pourtant que l’accord sera rendu public avant d’être signé. Nous voilà rassurés !
Ce-dernier à beau jurer ses grands dieux que « les gens seront rassurés lorsqu’ils verront les documents », une telle confidentialité est difficilement justifiable à l’heure où la société réclame plus de transparence et, surtout, peu légitime, dans la mesure où des millions d’internautes seront directement concernés par les mesures prévues par l’ACTA.
Aux Etats-Unis, ce sont des sénateurs qui ont demandé à Barack Obama de en publier les textes et faire la lumière sur la teneur exacte des négociations.
C’est d’ailleurs la publication de documents de travail par le site Wikileaks, spécialisé dans la mise en ligne de pièces confidentielles, et l’entrée des négociations dans leur phase finale, qui aura mis le feu aux poudres et embrasé de nombreux sites et blogs.
Malgré le démenti de l’Union Européenne, ces documents feraient état de plusieurs points pour le moins inquiétants, et notamment :
- L’obligation pour les FAI de fournir l’identité du propriétaire d’une adresse IP, sans mandat judiciaire, à tout organisme de défense des ayants-droits. L’ACTA rendrait en outre responsables les « intermédiaires techniques » (FAI ou hébergeurs de fichiers) de la diffusion d’œuvres protégées via leurs outils
- La possibilité pour les douaniers et gardes-frontières d’éplucher le contenu des ordinateurs ou disques durs, à la recherche de fichiers contrefaits, comme de la musique téléchargée illégalement.
- Le filtrage des données partagées sur le Web
- La suspension unilatérale de la connexion internet des contrevenants, après trois mises en garde restées infructueuses, soit le principe de la « riposte graduée » mis en place en France par la loi HADOPI.
L’ACTA restreindrait ainsi profondément les droits et libertés des citoyens, notamment la liberté d’expression et la protection des communications privées. De telles questions ne mériteraient-elles pas d’être discutées démocratiquement en faisant notamment l’objet d’un débat public ? Beaucoup le réclament depuis l’apparition de la rumeur.
La Commission européenne, qui participe aux discussions pour le compte de l’Union, a d’ailleurs reconnu qu’elle négociait également en matière pénale. Par la voix de son négociateur, elle admet qu’une responsabilité indirecte des intermédiaires techniques est également envisagée.
Un texte difficilement applicable
Même s’il semble falloir parler au conditionnel et attendre la publication du texte dans sa globalité, on est en droit de s’interroger sur le caractère effectif de l’application de l’ACTA au vu des informations publiées.
En effet, comment justifier aux douaniers que des fichiers (musique, films etc.) n’ont pas été téléchargés illégalement ? Faudra-t-il systématiquement emporter en voyage les CD et DVD originaux ?…
A propos de l’absence de toute décision judiciaire, que ce soit pour fournir l’identité du propriétaire d’une adresse IP ou suspendre une connexion internet, comment des Etats peuvent-ils négocier sur de telles bases, en sachant qu’ils se heurteront probablement à leurs constitutions nationales ? Les négociateurs de l’ACTA ne semblent pas s’en inquiéter.
Discuté en dehors de toute organisation internationale, l’ACTA exclut, de facto, des acteurs comme la Russie, l’Inde, le Brésil ou la Chine. Or, l’actualité récente nous a montré que ces pays pouvaient peser de tout leur poids sur le Web. D’autant plus que la Chine et la Russie seraient parmi les pays qui posent le plus de problèmes en matière de violation des droits de la propriété intellectuelle.
L’Union Européenne, à -travers la directive eCommerce de 2000, protège les fournisseurs de services : « si un intermédiaire technique prend une série de précautions minimales, il ne peut être rendu responsable d’une infraction ». Va-t-on revenir sur l’état du droit existant dans ces conditions ?
Enfin, le Traité paraît difficilement applicable au regard du nombre d’individus concernés. Vous comme moi, tous les internautes seront potentiellement placés sous l’autorité du texte qui sera signé. Dès lors, comment assurer le respect des normes qu’il mettra en place ? Le qualificatif d’usine à gaz ingérable dont a été affublé l’HADOPI ne manquera sans doute pas de revenir.
A ce titre, Anthony Hémond, avocat en télécommunications cité par The Canadian Press, souligne le flou qui entoure la répartition des rôles : « Il y a beaucoup de mesures à l’intérieur de cet accord qui sont potentiellement dangereuses. Qui va filtrer ? Une autorité administrative quelconque ? Sur quels critères ? »
Une volonté plus globale de contrôler le Web ?
Sinon totalement absurdes, de telles mesures paraissent donc difficiles à mettre en œuvre, d’où la question que l’on peut se poser sur les motivations réelles d’un tel Traité.
Toujours selon Anthony Hémond, « cet accord est négocié des portes fermées à double tour. Les éléments qui figurent dans ce projet sont inquiétants de part les fuites qui nous proviennent. Il cache des enjeux plus larges et importants que la seule contrefaçon », et d’ajouter, en parlant des parties assises à la table des négociations, « ils ne peuvent pas négocier comme ça, en secret, un accord d’une telle importance et qui a des répercussions si grandes sur nos libertés fondamentales. »
A y regarder de plus près, les enjeux évoqués n’ont finalement rien de nouveau et l’ACTA s’inscrit en ce sens dans un processus global qui va au-delà des seuls droits d’auteurs.
Depuis une dizaine d’années, on assiste régulièrement à des collusions entre politiques et industriels, ces-derniers souhaitant protéger leur modèle économique, pour lequel Internet leur paraît être une menace.
Comment, par exemple, ne pas voir un certain conflit d’intérêt lorsque que le député européen français, Jennely Fourtou, ait pu défendre la directive 2001/29/CE sur l’harmonisation des droits d’auteurs et être l’inspiratrice de nombreuses lois jugées liberticides, étant elle-même l’épouse de Jean-Marie Fourtou, PDG de Vivendi Universal ? Loin d’être un cas isolé, cet exemple n’en est pas moins le plus représentatif des connivences qui existent entre le monde politique d’une part, et l’industrie d’autre part.
Dans un cadre différent, le projet de loi dit LOPSI (pour Loi d’Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure) vise à imposer la censure de certains contenus sur Internet. En instrumentalisant la peur et la protection de l’enfance, cle projet de loi dresse une véritable liste noire de sites internet qui seront rendus inaccessibles par les FAI français. Si les contenus pédopornographiques sont évidemment répréhensibles et condamnables, pourquoi ne pas régler le problème à la source et les retirer des serveurs où ils sont hébergés ? Il faudrait une coopération internationale évidemment, mais l’ACTA nous montre que c’est chose possible pour protéger les droits d’auteurs. Dès lors, on ne peut décemment croire cela ne serait pas possible en matière de protection de l’enfance ?
La loi DAVDSI punit, elle, de trois ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende le fait de « mettre à la disposition du public ou de communiquer au public, sciemment et sous quelque forme que ce soit, un dispositif manifestement destiné à la mise à disposition du public non autorisée d’œuvres ou d’objets protégés ». En clair, cette loi rend le P2P illégal alors que c’est bien l’utilisation répréhensible de celui-ci qui devrait être visée. Une des conséquences directes de la loi pourrait être la remise en question du principe du logiciel libre.
Le temps où l’on pourra dire que les industriels auront tué l’Internet libre n’est peut-être pas si loin. Pourvu que nos dirigeants en prennent conscience et qu’ils ne laissent pas se créer un tel corps légal. Ce serait la porte ouverte à des contrôles qui pourraient excéder le cadre pour lequel ils ont été prévus. N’avons-nous pas retenu les leçons du passé, comme les nombreuses affaires d’écoutes téléphoniques ayant ébranlé de nombreux gouvernement ?
Plus généralement, l’utilisation des nouvelles technologies doit être fait avec prudence, celles-ci pouvant être dangereuses lorsqu’elles sont détournées de leur application première. C’est un message que nous livre régulièrement la littérature d’anticipation et dont il faudrait s’inspirer pour ne pas tomber dans des dérives totalitaires. Mais soyons honnêtes, le pas est loin d’être franchi.
Pour l’heure, s’agissant de l’ACTA, il faudra suivre avec le plus grand intérêt les suites données à l’affaire. Espérons que la levée de boucliers qu’elle suscite, notamment chez Google qui n’en finit plus de faire dans la politique, fera faire machine arrière aux Etats concernés par ces négociations.
Google menace de quitter la Chine : décision politique ou constat d’échec ?
Dimanche 17 janvier 2010
Lorsque les thèmes des libertés individuelles et de la censure en Chine ressort, il fait toujours les choux gras des médias bien pensants, ceux-ci ne ratant pas l’occasion de donner la leçon au régime chinois. Les récentes crises au Tibet ou au Xinjiang, et le flot de discours cuisinant les droits de l’homme à toutes les sauces, nous le rappellent que trop bien. Quand l’empire du milieu s’en prend à l’empereur d’Internet, c’est le monde du Web qui s’émeut, et avec lui les pourfendeurs habituels du politiquement correct qui, une fois n’est pas coutume, se font l’écho de la pensée unique et, à défaut de connaître toutes les réalité du terrain en Chine, dressent un tableau parfois incorrect de la situation entre Google et le gouvernement chinois.
Derrière cette accroche racoleuse et volontairement polémique, l’objet de cet article est bien d’extrapoler sur cet évènement qui a fait grand bruit ces derniers jours, tant sur le Web que dans les médias traditionnels. La volonté affichée ces derniers jours par Google de vouloir quitter la Chine reste malgré tout d’une portée relative et, à la réflexion, semble être teintée d’opportunisme politique.
Mais avant cela, petit rappel des faits : avant de faire son entrée sur le marché de la recherche sur le Web en Chine, en janvier 2006, et dont il détient aujourd’hui environ 38%, Google avait dû se soumettre à un pacte de bonne conduite, non sans scandale d’ailleurs. En clair, Google peut exercer son activité en Chine à condition de filtrer certains résultats que les dirigeants chinois voient d’un mauvais œil. Comme les informations sur la répression de Tienanmen ou sur le dalaï-lama par exemple. Bon an mal an, Google acceptât ce diktat en raison de perspectives financières au potentiel énorme.
Mais aujourd’hui, Google se drape de nouveaux habits : ceux d’un ardent défenseur des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Un peu paradoxal, donc, quand on connaît le contexte de l’arrivée de Google sur le marché chinois.
En début de semaine, Google s’est plaint de tout autre chose. D’être la cible de nombreuses cybers attaques qui, selon la firme de Mountain View, perdurent depuis de nombreux mois.
Selon des experts américains de la sécurité sur Internet, ces attaques seraient trop bien conçues pour être le fait d’une simple bande de pirates. Pourtant, sur son blog, Google fait état de l’usage de techniques couramment utilisée et qui n’ont rien de révolutionnaire : le phishing et les malwares. Il ne s’agirait donc en aucun cas de l’exploitation d’une faille de sécurité.
En l’occurrence, le but de ces attaques, selon le géant de l’Internet, aurait été la volonté de voler des codes d’accès de comptes utilisés par des militants chinois des droits de l’homme, utilisant la messagerie électronique Gmail.
Si c’est bien de phishing et de l’usage de malwares dont il s’agit, on peut donc émettre quelques réserves quant à la sophistication desdites attaques. En effet, ces techniques sont bien connues des pirates, et ce depuis de nombreuses années.
Néanmoins, il ne faut pas minimiser cet état de fait. En 2009 par exemple, une vague d’attaques informatiques sans précédents avait été menée, depuis des serveurs situés en Chine, contre une centaine d’entreprises américaines.
Les cybers attaques : une tempête dans un verre d’eau
Google a donc réagi à ce piratage d’envergure en renforçant les paramètres de sécurité de ses services. Avant, finalement, d’annoncer qu’il envisageait sérieusement de quitter le marché chinois si les discussions à venir avec le gouvernement chinois ne lui permettaient pas de proposer des résultats non censurés. Avec cet ultimatum, Google s’exclut de facto du marché chinois tant il paraît impensable d’assister à un tel revirement de la part des autorités chinoise.
Une décision qui nous amène à soulever plusieurs questions :
Contractuellement, Google a signé un document sur lequel il s’engage à respecter la ligne politique imposée par Pékin. Or, jusqu’à preuve du contraire, la Chine est une nation souveraine. D’ailleurs, Microsoft a rapidement confirmé par l’intermédiaire de son PDG qu’il respecterait la loi chinoise et ne quitterait pas le pays. Dès lors, pourquoi vouloir revenir sur des règles dont Google savait, dès le départ, que la Chine se montrerait intransigeante ? Sans doute plus médiatisée lorsqu’il s’agit de la Chine, la censure et la surveillance sur internet ne s’exerce pas moins dans le reste du monde. C’est d’ailleurs la ligne défendue par Pékin pour justifier sa politique de censure : si les autres le font, pourquoi pas nous ?
La première réaction officielle du gouvernement chinois en provenance de Wan Chen, ministre du Bureau de l’information, présente par ailleurs la censure comme un élément indispensable de la politique de Pékin : « notre pays est à un stade crucial de réforme et de développement et c’est une période de conflits sociaux sensibles. Diriger l’opinion sur internet de façon appropriée est une mesure essentielle pour protéger la sécurité de l’information sur internet ».
En effet, la société chinoise est très concernée, sinon obsédée, par l’ordre. Elle est également effrayée par la dissidence politique. D’où l’arsenal mis en place pour éviter toute propagation d’un vent de contestation. L’Occident, quant à lui, se trouve en état d’alerte sur toutes les questions touchant au terrorisme. Les lois dîtes du PATRIOT Act ne peuvent elles-pas être considérées comme liberticides ? N’y a-t-il pas, chez nous aussi, une surveillance – illégale – du Web autour de certains mots-clés liés à la grande nébuleuse du Djihad ?
Bien que différentes, ces deux situations peuvent être mises en perspective. Elles permettent en tout cas d’aborder la question de la censure d’Internet en Chine sous un angle différent.
Par ailleurs, le revirement de Google sur le filtrage des résultats de recherche sur Internet intervient après une nouvelle vague de piratages informatiques. Soyons honnêtes : il n’y a là pas vraiment de rapport. Sauf à faire de la politique, c’est contre le piratage que Google devrait s’insurger. Pas contre la censure, aussi injustifiable soit-elle.
Enfin, contrairement aux autres marchés, Google n’est pas maître en Chine. C’est le moteur de recherche chinois Baidu qui occupe la place de leader, avec 59% de parts de marché contre 38% à Google (chiffres StatCounter, janvier 2010). Certes, en quittant la Chine, Google perdrait gros. Mais venant de Google, on ne peut croire que cette décision n’a pas été mûrement réfléchie, peut-être même avant ces derniers évènements.
D’une part le géant du Web se poserait en défenseur des libertés et redorerait son image parfois écornée par l’assimilation faite entre la firme de Mountain View et « Big Brother ». D’autre part, le groupe ne réalisant « que » 600 millions de dollars de chiffre d’affaire en Chine, une goutte d’eau pour Google, la portée de ce départ resterait donc toute relative en termes financiers.
Google, un cas isolé ?
Toujours selon le blog officiel de Google, il y aurait eu une vingtaine de sociétés qui auraient été visées par ces cybers attaques. L’éditeur de logiciel Adobe a par exemple annoncé que lui aussi avait été victime de piratages informatiques de grande ampleur.
Les concurrents de Google, notamment Microsoft ou HP, l’ont malgré tout assez vite affirmé : ils ne quitteront pas la Chine. Le PDG de Microsoft, Steve Ballmer y a même été d’un très laconique « c’est l’affaire de Google ». Avant de proposer une explication qui relativise les attaques dont s’est plaint Google : « Toutes les grandes organisations sont attaquées. Je ne pense pas que ce soit un changement fondamental de la sécurité sur Internet ». Circulez, y’a rien à voir. Surtout lorsqu’on lui pose la question de savoir si le moteur de recherche de Microsoft, Bing, arrêtera de filtrer les résultats. A croire qu’il est difficile d’avouer son impuissance lorsque l’on gère une des sociétés les plus importantes au monde.
Le patron de HP, Mark Hurd, a été plus honnête sur ses motivations de ne pas suivre le chemin emprunté par Google, présentant ainsi la Chine et sa population d’un milliard et demi d’habitants comme « un marché incroyable avec un croissance énorme ».
Du côté de Yahoo en revanche, on soutenait Google sans pour autant préciser si le groupe avait été lui aussi victime d’attaques. Un porte parole indiquait récemment : « nous condamnons toute tentative d’infiltration dans les réseaux d’entreprises destinée à obtenir des informations sur les utilisateurs. Nous soutenons que ces genres d’attaques sont profondément dérangeants et croyons fortement que nous, les pionniers d’Internet, devons tous nous opposer à la violation de la vie privée des utilisateurs ».
Est-on amnésique ou cynique chez Yahoo pour vanter ainsi la vie privée de ses utilisateurs ?
Rappelons en effet que la firme américaine dénonce régulièrement des dissidents au gouvernement chinois en vertu d’un pacte d’autodiscipline signé en 2002 avec l’Etat chinois ! Au tableau de chasse de Yahoo : le journaliste Li Yuanlong, condamné à 2 ans de prison après que Yahoo ait fourni aux autorités chinoises tous les éléments nécessaires à son arrestation, et les dissidents Shi Tao et Li Zhi, respectivement condamnés à 10 et 8 ans de prison grâce à la collaboration de Yahoo.
Et c’est probablement la partie émergée de l’iceberg : l’association Reporters Sans Frontières accuse régulièrement Yahoo de pratiquer la dénonciation pour plaire aux autorités chinoises. En 2006, RSF et le Committee to Protect Journalists exigeaient ainsi de Yahoo la révélation des informations qu’ils ont pu fournir à propos de journalistes et d’écrivains recherchés par le gouvernement de Pékin.
En bref, Yahoo aura raté une bonne occasion de se taire.
Washington vole au secours de Google
La Maison blanche y est allé elle-aussi de sa tirade, soutenant la décision de Google de ne plus accepter la censure chinoise concernant les recherches sur internet. Une intention louable en soit, mais qui disparaîtra bien vite lorsque sera venu le temps de négocier de juteux contrats avec la Chine.
Si la politique de contrôle de l’internet pratiquée par Pékin est sujette à controverse – probablement avec raison – la meilleure approche est sans doute de laisser le peuple chinois présider à son propre destin. Paris ne s’est pas fait en un jour. Il est donc vraisemblable qu’avec le temps, et la poursuite du développement que connaît la première puissance économique mondiale, les autorités chinoises finissent par assouplir leur politique en matière de libertés individuelles.
Sans être automatique, les poussées démocratiques se font dans un contexte de promotion de l’individu, laquelle passe notamment par la consommation et la représentation d’une sphère privée et autonome de vie.
A ce titre, les manifestations de soutien ou les encouragements qu’a reçus Google de la part de nombreux manifestants chinois démontrent que la conscience politique du peuple s’éveille. Que ce processus prenne du temps n’a finalement rien d’étonnant pour un pays qui n’a connu d’autre régime que celui du parti unique depuis presqu’un siècle.
Toujours est-il qu’à l’endroit des critiques de la Chine, on pourrait réclamer plus d’honnêteté intellectuelle, et avec, un bon coup de balais devant leur porte.
La Chine censure le X sur les sites web mobiles
Vendredi 4 décembre 2009
En Chine, les campagnes anti-pornographie ont longtemps été l’apanage du Parti communiste, illustrées ces dernières années dans les médias officiels par des images de rouleaux compresseurs géants broyant des piles de DVD pornographiques.
Désormais, la police des mœurs du partie se concentrent sur un phénomène moins tangible, mais envahissant apparemment de plus en plus le marché du X : le porno sans fil.
Le ministère de la Sécurité Publique a récemment lancé une campagne de répression de la pornographie sur les téléphones portables, ciblant les sites utilisant des protocoles sans fil ou WAP – méthodes habituelles de mise en ligne de sites Web pour téléphones mobiles. La campagne se concentre sur les grandes villes comme Shanghai, Pékin, Guangdong – où de nombreux sites chinois en WAP sont enregistrées – et se poursuivra jusqu’à la fin de l’année, selon les responsables de la Sécurité Publique.
La campagne a rapidement pris de l’ampleur et devient une affaire importante pour trois opérateurs de télécommunications sous licence en Chine (China Mobile, China Unicom et China Telecom) auxquels le ministère de l’Industrie, de la Technologie et de l’Information, a ordonné de prendre les mesures adéquates. Le ministère estime que ces trois sociétés fournissent actuellement des services WAP à quelque 192 millions d’utilisateurs de téléphone mobile.
Et en Chine, quand le gouvernement demande à un opérateur privé d’agir, ce-dernier s’exécute rapidement : lundi dernier, China Mobile a ainsi annoncé la suspension des paiements pour tous les fournisseurs WAP avec lesquels elle travaille, en attendant un examen plus approfondi des services proposés. China Mobile a déclaré qu’elle avait bloqué 626 sites à caractère pornographique pour mobiles à partir de dimanche après-midi, parmi lesquels figurent 478 sites étrangers, et 148 sites hébergés sur des serveurs chinois (dont six qui étaient installés sur des serveurs de la société China Mobile elle-même).
C’est en tout cas un coup d’arrêt porté à l’industrie du X en Chine, au moment où les services 3G se multiplient rapidement. Alors que les premières licences ont été accordées en janvier dernier, on comptait au 30 septembre 2009 plus de 7 millions d’utilisateurs de portables 3G.
Les critiques n’ont pas manqué de prétendre que les opérateurs de réseaux WAP ont bénéficié de la pornographie mobile avant de se soumettre aux exigences du gouvernement chinois. Ces sociétés faisaient ainsi payer à leurs abonnés les connexions sans fils et réalisaient des profits grâce à une pratique désormais jugée illégale en Chine.
La campagne contre les sites WAP pornographique fait partie d’un effort global du gouvernement chinois pour lutter contre les contenus obscènes sur le Web, les casinos en ligne et la publication de films et séries télé censurées. L’actuelle campagne de lutte contre les sites X, lancée en août, a déjà vu la fermeture de 6972 sites web à caractère pornographique. Pour l’heure, 41 personnes seraient détenues pour avoir publié des contenus pornographiques sur les réseaux pour téléphones portables. Au total, ce seraient quelques 868 personnes qui auraient été arrêtées depuis le début de la campagne lancée en août dernier.
