Quelques mois après le bras de fer qui a opposé Google au gouvernement de Pékin, la Chine s’apprête à lancer son propre moteur de recherche sur le Web. L’agence de presse Xinhua et l’opérateur téléphonique China Mobile – le plus grand au monde avec plus de 500 millions d’abonnés – ont en effet annoncé le 12 août dernier qu’ils allaient collaborer à l’établissement d’un nouveau moteur de recherche.
Après avoir finalement renouvelé la licence de Google lorsque ce-dernier a cessé de redirigé les internautes chinois vers sa version hongkongaise, il n’est sans doute pas faux de voir là une conséquence directe de la mini-crise qui a opposé les deux parties autour de la Grande muraille du Web, à savoir le système de filtrage des sites internet qui a cours en Chine. En plus d’un système de censure généralisé, la Chine impose aux moteurs de recherche installés dans le pays de respecter la loi et, donc, de filtrer eux-mêmes les résultats qu’ils proposent aux internautes.
Censure contre les sites politiquement dissidents bien sûr, mais aussi censure contre les sites pornographiques, sectaires et tout ce qui est jugé dangereux pour la stabilité du régime par le Parti communiste chinois.
Depuis cette fameuse polémique, le gouvernement chinois a ainsi reconsidéré sa position dans le domaine de la recherche sur le Web, et il sait très bien que comme aucun système de filtrage n’est parfait, les sites web interdits pourraient être trouvés par les citoyens chinois, d’autant qu’un revirement de Google n’est peut être pas impossible.
Or, s’il est loin derrière Baidu, Google possède tout de même la bagatelle de 37% de parts de marché selon StatCounter.
Baidu justement, avec ses 60% de parts de marché, se montre plus coopératif dans le filtrage des résultats, mais il n’en reste pas moins un groupe privé sur lequel Pékin n’a donc pas totalement prise.
L’information, et plus généralement ce qui peut être vu sur le Web, est donc tout l’enjeu de cette bataille dans laquelle l’Etat chinois vient de se lancer très officiellement.
Zhou Xisheng, le vice président de l’agence Xinhua – qui dépend directement du Parti communiste chinois dont elle est la voix officielle – a d’ailleurs déclaré lors de la cérémonie de signature de l’accord que « les moteurs de recherche jouent un rôle de plus en plus important dans la dissémination de l’information, et influencent l’opinion publique ».
Comme on n’est jamais mieux servi que par soi même, Pékin a dû se résoudre à l’évidence que pour contrôler au mieux les résultats des moteurs de recherche, le plus efficace était encore d’avoir son propre moteur. Une décision finalement peu surprenante, tant la dissidence est vue en Chine comme une source d’instabilité.
A noter, enfin, que si le lancement du moteur n’a pas encore été annoncé, il est probable qu’il disposera d’une régie publicitaire à l’instar de Google.
Archive pour le mot-clef ‘baidu’
L’Etat chinois annonce la création de son propre moteur de recherche
Mercredi 18 août 2010Baidu.com porte plainte contre son fournisseur de nom de domaine américain
Jeudi 21 janvier 2010
Nouvelle affaire de piratage entre les Etats-Unis et la Chine: le leader chinois de la recherche sur internet, le moteur Baidu.com, a déposé une plainte à New-York contre la société gérant son nom de domaine.
Baidu accuse en effet Register.com d’importantes négligences ayant rendu possible le piratage du site le 12 janvier dernier. A la suite de cette attaque caractérisée par une manipulation extérieure de son DNS situé aux Etats-Unis, le moteur était inaccessible pendant plus de 3 heures. Une éternité pour ce site web qui n’avait connu jusque là qu’une panne d’une trentaine de minutes en décembre 2006.
L’attaque était matérialisé par un lien de redirection vers le site web d’un groupe autoproclamé « La cyber armée iranienne ». Les mêmes pirates qui avaient hacké Twitter le mois dernier, démontrant ainsi que les Etats-Unis n’ont pas le contrôle du Web.
Si on peut comprendre que Twitter soit la cible d’un tel groupe au regard du rôle joué par le réseau social lors des manifestations post-élections, l’attaque d’un site chinois prête à confusion.
Rappelons en effet que la Chine fait poids au conseil de sécurité de l’ONU pour retarder la prise de sanction contre le régime de Téhéran dans le cadre du programme nucléaire iranien. Dans ces conditions, il est plutôt étrange que ce groupe s’attaque à un site web chinois.
Espérons que la plainte déposée permette de nous éclairer sur les tenants et aboutissants de cette affaire.
