Et si le Web cessait de proposer la gratuité à ses utilisateurs ? Le modèle économique de la publicité, permettant l’accès gratuit aux contenus, semble en effet céder la place à un nouveau modèle, plus rentable, que l’on pourra qualifier de « Web à péages ». Vidéos, musique, presse : aucun secteur n’est épargné par cette recherche du profit maximal.
A l’origine de ce changement déjà annoncé, la remise en question du modèle reposant sur la publicité comme principale source de revenus des sites internet. A court et moyen terme, il est envisageable de voir de nombreux sites s’en détourner. C’est en tout cas ce que laisse penser un article de Barrett Sheridan publié le 1er février dernier dans Newsweek.
Au fond, cette possibilité n’a rien d’un scoop. Cette transformation est en route depuis quelques années déjà , et quelques gouvernements se sont déjà emparés de la question.
Le marché de la musique est en première ligne dans la bataille. Avec les lois rendant le téléchargement illégal, le modèle gratuit s’est déplacé sur le terrain du streaming. Mais là aussi, la donne est en train de changer. Ce marché propose actuellement la gratuité aux internautes grâce aux revenus publicitaires engendrés. Ses leaders outre-Atlantique sont Last.fm, Pandora et Rhapsody. Mais les majors du disque ne voient pas ces sites d’un bon œil. Et pour cause, beaucoup d’argent serait laissé en chemin.
Prenons l’exemple du titre « Poker Face » de Lady Gaga, l’une des chansons les plus populaires sur le site web Spotify. Même si ce-dernier conteste les chiffres, l’artiste avance n’avoir gagné sur ce site que 167 dollars pour plusieurs millions d’écoutes. Mais combien d’autres millions, d’euros ceux-là , la chanteuse a-t-elle accumulé ? L’avidité n’est sans doute pas un sentiment qui lui apportera la sympathie du public.
Naturellement, l’industrie du disque souhaite améliorer ces chiffres. Dans des négociations avec Spotify, elle fait pression pour que le site de streaming se tourne vers l’abonnement payant. La course aux bénéfices est là -aussi en cause : le prix totalement exorbitant du CD et autres supports traditionnels a largement contribué aux difficultés actuelles de cette industrie. A force d’essorer le consommateur jusqu’à l’os, celui-ci préfère trouver d’autres moyens, quitte à braver des lois fortement suggérées par le lobbying d’un acteur économique influent.
Ajoutons par ailleurs que ce qu’elles perdent d’une main, les majors le reprennent de l’autre en commercialisant platines DIVX, CD vierges ou autres lecteurs MP3.
Le plus gros revendeur de musique sur le Web, Apple, aimerait lui aussi tordre le cou à la gratuité des contenus sur internet. Certes, peu de choses filtrent de son siège de Cupertino. Mais une récente acquisition du groupe laisse à penser qu’Apple souhaiterait contribuer au changement du modèle économique du streaming. En décembre dernier, la société de Steve Jobs a racheté Lala, un site d’écoute de musique en ligne, pour la coquette somme de 100 millions de dollars. Que ce site ait des revenus négligeables ne semble pas poser problème. Ce qu’Apple a réellement acheté, ce sont des ingénieurs et un savoir-faire. L’abonnement sur Lala c’est donc pour quand ? C’est là , semble-t-il, la seule question qui reste en suspens, tant l’évolution vers un principe d’abonnement semble inéluctable pour ces sites internet.
La télé, le cinéma et la presse écrite se liguent aussi contre la gratuité sur le Web
Et ce modèle payant de plus en plus répandu ne se limite pas à la musique. Apple est en pourparlers avec des majors de l’industrie télévisuelle comme Disney ou CBS pour lancer un système de télé en ligne à péage.
Chase Carey, un responsable de la société News Corp., qui détient environ 27% du site Hulu.com (site internet gratuit publiant des vidéos en ligne), annonçait dès le mois d’Octobre dernier qu’il « était temps de se faire rémunérer pour publier des contenus en ligne », ajoutant que Hulu devait concourir à cela. Les utilisateurs d’Hulu pourront bientôt sortir leurs cartes de crédits s’ils veulent continuer à utiliser le site.
Il y a enfin les dinosaures de la Presse, autre média à vouloir faire la pluie et le beau temps sur Internet. Le leader de ce mouvement n’est autre que Rupert Murdoch, « big boss » de News Corp., et magnat australien des médias. Le groupe détient de nombreux titres comme le Wall Street Journal et le London Times. Il déclarait récemment et sans équivoque que « le vieux modèle économique fondé principalement sur la publicité est mort ». Il a par la suite avéré que beaucoup de sites du groupe, sinon tous, deviendrait payants en 2010.
Si News Corp. réussit son pari en termes de chiffres d’affaire, d’autres devraient suivre. Le New York Times, par exemple, s’interroge lui-aussi sur l’opportunité de faire payer l’accès aux contenus de son site internet.
C’est donc à ce prix, à en croire ces acteurs économiques du marché, que l’on sauvera les contenus eux-mêmes. Cet argument est contestable. Intéressons-nous donc à quelques chiffres. Ceux à qui on prête la vertu de ne jamais mentir.
Avec un bénéfice net de 8,8 milliards de dollars entre juin 2007 et juin 2009, News Corp. ne paraît pas être en péril. Les ventes de Vivendi Universal ont quant à elles été en hausse pendant l’exercice 2009, le bénéfice du groupe ayant chuté à « seulement » 830 millions d’euros en raison de la dépréciation du titre et d’une provision liée à un procès aux Etats-Unis.
L’industrie de la musique en France a connu une forte hausse au quatrième trimestre 2009, et celle du cinéma annonce plus de 200 millions d’entrées en salles pour l’année 2009. Il faut remonter à 1982 et 1983 pour retrouver de tels chiffres.
Plutôt bons comme résultats, surtout à une époque où l’on déclare pourtant le pouvoir d’achat en berne. Cette course frénétique vers des bénéfices en hausse perpétuelle semble être la véritable raison de la mort annoncée du Web gratuit. La prétendue survie des artistes semble n’être qu’un leurre. Une diversion sensée faire “peur” : que ferions-nous, demain, si nous étions privés d’Avatar et Bienvenue chez les Ch’tis au cinéma ? Comment pourrions-nous passer un côté d’un talent comme Lady Gaga ? Répondons leurs qu’il nous restera les films d’Hitchcock ou Kubrick et les vinyles des Rolling Stones ou des Pink Floyds.
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Il n’est pas nécessaire d’être comptable pour savoir que toute entreprise est orientée vers la recherche de profit. La gratuité ne procure à une entreprise que perte ou don ou publicité. Nombreuses sont les entreprises qui recourent à la sous traitance de toutes sortes pour avoir un maximum de profit. Derrière la gratuité, qui ne dure que momentanément, il y a toujours une recherche d’attrait de clients. Donc synonyme de profit futur.