Archive pour mars 2010

Vers la mort du modèle gratuit sur internet ?

Samedi 20 mars 2010

web payant internet gratuit 300x199 Vers la mort du modèle gratuit sur internet ?Et si le Web cessait de proposer la gratuité à ses utilisateurs ? Le modèle économique de la publicité, permettant l’accès gratuit aux contenus, semble en effet céder la place à un nouveau modèle, plus rentable, que l’on pourra qualifier de « Web à péages ». Vidéos, musique, presse : aucun secteur n’est épargné par cette recherche du profit maximal.

A l’origine de ce changement déjà annoncé, la remise en question du modèle reposant sur la publicité comme principale source de revenus des sites internet. A court et moyen terme, il est envisageable de voir de nombreux sites s’en détourner. C’est en tout cas ce que laisse penser un article de Barrett Sheridan publié le 1er février dernier dans Newsweek.

Au fond, cette possibilité n’a rien d’un scoop. Cette transformation est en route depuis quelques années déjà, et quelques gouvernements se sont déjà emparés de la question.

Le marché de la musique est en première ligne dans la bataille. Avec les lois rendant le téléchargement illégal, le modèle gratuit s’est déplacé sur le terrain du streaming. Mais là aussi, la donne est en train de changer. Ce marché propose actuellement la gratuité aux internautes grâce aux revenus publicitaires engendrés. Ses leaders outre-Atlantique sont Last.fm, Pandora et Rhapsody. Mais les majors du disque ne voient pas ces sites d’un bon œil. Et pour cause, beaucoup d’argent serait laissé en chemin.

Prenons l’exemple du titre « Poker Face » de Lady Gaga, l’une des chansons les plus populaires sur le site web Spotify. Même si ce-dernier conteste les chiffres, l’artiste avance n’avoir gagné sur ce site que 167 dollars pour plusieurs millions d’écoutes. Mais combien d’autres millions, d’euros ceux-là, la chanteuse a-t-elle accumulé ? L’avidité n’est sans doute pas un sentiment qui lui apportera la sympathie du public.

Naturellement, l’industrie du disque souhaite améliorer ces chiffres. Dans des négociations avec Spotify, elle fait pression pour que le site de streaming se tourne vers l’abonnement payant. La course aux bénéfices est là-aussi en cause : le prix totalement exorbitant du CD et autres supports traditionnels a largement contribué aux difficultés actuelles de cette industrie. A force d’essorer le consommateur jusqu’à l’os, celui-ci préfère trouver d’autres moyens, quitte à braver des lois fortement suggérées par le lobbying d’un acteur économique influent.

Ajoutons par ailleurs que ce qu’elles perdent d’une main, les majors le reprennent de l’autre en commercialisant platines DIVX, CD vierges ou autres lecteurs MP3.

Le plus gros revendeur de musique sur le Web, Apple, aimerait lui aussi tordre le cou à la gratuité des contenus sur internet. Certes, peu de choses filtrent de son siège de Cupertino. Mais une récente acquisition du groupe laisse à penser qu’Apple souhaiterait contribuer au changement du modèle économique du streaming. En décembre dernier, la société de Steve Jobs a racheté Lala, un site d’écoute de musique en ligne, pour la coquette somme de 100 millions de dollars. Que ce site ait des revenus négligeables ne semble pas poser problème. Ce qu’Apple a réellement acheté, ce sont des ingénieurs et un savoir-faire. L’abonnement sur Lala c’est donc pour quand ? C’est là, semble-t-il, la seule question qui reste en suspens, tant l’évolution vers un principe d’abonnement semble inéluctable pour ces sites internet.

La télé, le cinéma et la presse écrite se liguent aussi contre la gratuité sur le Web

Et ce modèle payant de plus en plus répandu ne se limite pas à la musique. Apple est en pourparlers avec des majors de l’industrie télévisuelle comme Disney ou CBS pour lancer un système de télé en ligne à péage.

Chase Carey, un responsable de la société News Corp., qui détient environ 27% du site Hulu.com (site internet gratuit publiant des vidéos en ligne), annonçait dès le mois d’Octobre dernier qu’il « était temps de se faire rémunérer pour publier des contenus en ligne », ajoutant que Hulu devait concourir à cela. Les utilisateurs d’Hulu pourront bientôt sortir leurs cartes de crédits s’ils veulent continuer à utiliser le site.

Il y a enfin les dinosaures de la Presse, autre média à vouloir faire la pluie et le beau temps sur Internet. Le leader de ce mouvement n’est autre que Rupert Murdoch, « big boss » de News Corp., et magnat australien des médias. Le groupe détient de nombreux titres comme le Wall Street Journal et le London Times. Il déclarait récemment et sans équivoque que « le vieux modèle économique fondé principalement sur la publicité est mort ». Il a par la suite avéré que beaucoup de sites du groupe, sinon tous, deviendrait payants en 2010.

Si News Corp. réussit son pari en termes de chiffres d’affaire, d’autres devraient suivre. Le New York Times, par exemple, s’interroge lui-aussi sur l’opportunité de faire payer l’accès aux contenus de son site internet.

C’est donc à ce prix, à en croire ces acteurs économiques du marché, que l’on sauvera les contenus eux-mêmes. Cet argument est contestable. Intéressons-nous donc à quelques chiffres. Ceux à qui on prête la vertu de ne jamais mentir.

Avec un bénéfice net de 8,8 milliards de dollars entre juin 2007 et juin 2009, News Corp. ne paraît pas être en péril. Les ventes de Vivendi Universal ont quant à elles été en hausse pendant l’exercice 2009, le bénéfice du groupe ayant chuté à « seulement » 830 millions d’euros en raison de la dépréciation du titre et d’une provision liée à un procès aux Etats-Unis.

L’industrie de la musique en France a connu une forte hausse au quatrième trimestre 2009, et celle du cinéma annonce plus de 200 millions d’entrées en salles pour l’année 2009. Il faut remonter à 1982 et 1983 pour retrouver de tels chiffres.

Plutôt bons comme résultats, surtout à une époque où l’on déclare pourtant le pouvoir d’achat en berne. Cette course frénétique vers des bénéfices en hausse perpétuelle semble être la véritable raison de la mort annoncée du Web gratuit. La prétendue survie des artistes semble n’être qu’un leurre. Une diversion sensée faire « peur » : que ferions-nous, demain, si nous étions privés d’Avatar et Bienvenue chez les Ch’tis au cinéma ? Comment pourrions-nous passer un côté d’un talent comme Lady Gaga ? Répondons leurs qu’il nous restera les films d’Hitchcock ou Kubrick et les vinyles des Rolling Stones ou des Pink Floyds.

Les concurrents de l’iPad misent sur Flash

Jeudi 11 mars 2010

En ne prenant pas en charge la technologie Flash d’Adobe, l’iPad et Apple ont laissé la porte grande ouverte à la concurrence. Après OpenPeak et l’OpenTablet, c’est désormais au tour d’HP de présenter sa tablette numérique, Slate. Et Adobe ne boude pas son plaisir en publiant une vidéo démontrant que le Flash peut tout à fait tourner sur ces nouveaux supports. Et c’est maintenant une véritable autoroute qui s’ouvre devant les rivaux d’Apple sur ce marché semble-t-il porteur.

Steve Jobs s’était pourtant employé à faire de Flash une technologie dépassée, allant jusqu’à qualifier les ingénieurs d’Adobe de fainéants. De tels propos, parfois virulents, cachaient tant bien que mal la véritable raison de la guerre lancée par Apple, à savoir la possibilité de développer des applications Flash gratuites pouvant nuire au succès de celles proposées à la vente sur l’AppStore. Où comment l’opportunisme économique a fait commettre une erreur grossière au patron d’Apple.

Le coup fatal qui devait être porté à Adobe reposait sur un argument simple : Flash consomme trop d’énergie et réduit la longévité des batteries. C’est un fait et la charge n’est pas dénuée de bon sens. La solution alternative préconisée alors par Steve Jobbs est d’utiliser le HTML 5. Mais des tests récents ont comparé Flash au HTML 5 et les résultats sont pour le moins surprenants et, surtout, ne vont pas faire plaisir au patron d’Apple. Si Flash est gourmand en énergie, le HTML 5 l’est encore plus !

A force de trop manier le bâton, celui-ci se retourne à la manière d’un boomerang contre celui qui le manie trop volontiers. Bien sûr, le succès de l’iPad et son diagnostic vital ne semblent pas engagés, mais à défaut de faire l’unanimité ou de révolutionner le marché, le dernier né d’Apple semble d’ores et déjà voué à un avenir moins rose que l’iPhone.

Car sur le Web, Flash est omniprésent. Alan Tam, responsable marketing de Flash chez Adobe lance ainsi la contre-offensive : « 85% des sites Web et 75% des vidéos sur Internet utilisent Flash. Grâce au Flash, la tablette HP Slate permet d’accéder à l’ensemble du Web. »

Dans la vidéo ci-dessous, Adobe et HP enfoncent le clou et tapent là où Apple a sans doute commis une grave erreur stratégique. Désormais, les consommateurs devraient y réfléchir à deux fois avant d’acheter l’iPad. Et l’on imagine fort probable que même les fidèles mangeurs de pomme hésiteront avant d’acheter une tablette qui, par nature, rend inaccessibles bon nombre de contenus sur le Web.

Surtout que d’autres fabricants ne tarderont pas à présenter leurs propres tablettes, Microsoft, Asus et Acer en tête. Nintendo pourrait même entrer dans la danse avec une DS XL. Il faudra sans doute attendre de voir les capacités de ces autres supports avant de décerner l’oscar de la meilleure tablette. Un prix qui semble en tout cas s’éloigner de Cupertino, le siège social d’Apple.

Google Chine recrute

Mercredi 3 mars 2010

google chine 300x168 Google Chine recruteSi Google ne passera pas par Pékin lors de sa tournée asiatique de présentation du Nexus One, les relations entre la firme de Mountain View et la Chine semble s’apaiser après la vague de piratage qu’a subi le géant du Web et les menaces de quitter la Chine si celle-ci ne revenait pas sur sa politique de filtrage d’Internet.

En effet, Google Chine a lancé une campagne de recrutement d’une quarantaine d’ingénieurs, responsables des ventes, et chercheurs à Shanghai, Ghangzhou, et Pékin, preuve qu’après l’ultimatum lancé en janvier dernier le groupe ne compte finalement pas se retirer de Chine et continuera de se conformer aux exigences du gouvernement chinois.

Pour l’analyste Li Zhi, de la société Analysis International, Google est en train de résoudre le différend qui l’oppose au gouvernement chinois depuis la désormais célèbre affaires des cyber attaques contre nombre de comptes Gmail. Mais il est encore trop tôt pour affirmer que Google a obtenu gain de cause et pourra fournir des résultats de recherche non filtrés.

D’autant que les médias chinois ont récemment critiqué le partenariat entre Google et la NSA (National Security Agency), cette-dernière devant aider Google à analyser les piratages dont il a fait l’objet récemment.

Même si une telle alliance n’a rien de nouveau, des agents de sécurité d’une autre société américaine, Cisco, travaillant déjà au sein de Google, elle pose la question de l’opportunité pour Google de donner à ces sociétés la possibilité de réunir de nombreuses informations sur les internautes chinois, les plus nombreux au monde avec environ 384 millions d’utilisateurs d’Internet.

Pour le professeur Zhou Yongbin, de l’Académie des Sciences, une telle coopération n’est pas loin de relever de l’espionnage. Dans ces conditions, nul doute que les relations entre Google et la Chine, si elles s’améliorent, ressemblent plus au mariage de raison qu’à l’union sacrée.

Le Web rapproche les internautes de Chine et de Taiwan

Lundi 1 mars 2010

ipeen web internet Le Web rapproche les internautes de Chine et de TaiwanSouvent décrié, le Web n’en reste pas moins un outil d’ouverture, même là où on ne l’attend pas. Récemment pointée du doigt pour sa politique de filtrage d’Internet, la Chine, ou plutôt les jeunes chinois, s’ouvre au reste du monde et notamment à Taiwan, son ennemi juré, grâce au phénomène dénommé « Taiwan veut savoir », lancé par les sites web QQ.com et ipeen.com.tw.

De plus en plus nombreux, de jeunes citoyens des deux pays s’intéressent à leurs voisins dont la vision et la compréhension sont troublées par l’information relayée par les médias dits traditionnels comme la presse écrite, la radio ou la télévision. C’est un peu comme si à l’époque du mur de Berlin, de jeunes étudiants de l’Est et de l’Ouest avait communiqué entre eux. Si c’avait été le cas, il est assez probable que l’Allemagne se trouvât réunifiée bien avant 1989.

S’il est encore trop tôt pour parler de détente et de rapprochement entre la Chine et Taiwan, les futures générations transformeront vraisemblablement l’essai marqué par ces deux sites internet.

A-travers ces deux portails web, des jeunes d’une vingtaine d’années en moyenne se parlent et échangent leurs points de vues dans deux mondes que l’histoire oppose depuis plus de 50 ans. Rien de révolutionnaire techniquement puisqu’il s’agit de sites où les participants peuvent publier leur profil, photos à l’appui, et communiquer avec les autres membres du site. Mais c’est bien le fait qu’un pont se soit érigé entre la Chine et Taiwan qui est remarquable en l’espèce.

La plupart des échanges portent sur des questions relatives aux études, au travail et au divertissement. Rien de très politique, mais ce premier lien tissé posera inévitablement les bases politiques de demain.

Yeh Hui-ching, le responsable du site taïwanais, précise que depuis son lancement, les connexions depuis la Chine ont triplé. Mieux, sur les forums chinois, on parle de plus en plus de ces deux sites et, donc, de la possibilité de briser la barrière du silence dressée jusqu’alors entre les deux pays.

Et le constat n’a rien de surprenant finalement : Yeh déclare que « plus les jeunes apprennent à se connaître via Internet, plus ils trouvent des similitudes entre eux. Certains sont même devenus amis ».

« Nous sommes très curieux de découvrir comment les choses se passent de l’autre côté, mais il y a peu de sites web facilitant la communication entre les jeunes des deux pays », affirme Hsu Zih-yun, une utilisatrice du site de 24 ans résidant à Taipei.

Du côté chinois également, on se rend compte de cette opportunité qu’offre le Web pour échanger aujourd’hui et construire les relations de demain entre les deux pays. « Ce n’est qu’un début. On se rend compte que les jeunes du continent et ceux de Taiwan désirent se parler encore plus. Ils ne se fient plus à la télé, aux films, ou aux publications habituelles », souligne Li Chun, le responsable du site web chinois QQ.com. « Aujourd’hui, nous avons besoin de nouveaux sites, plus créatifs, afin de renforcer la compréhension mutuelle entre nos deux nations », continue-t-il.

Espérons que le Web continue d’être cet espace de communication incroyable, sans frontières, et que grâce aux échanges qu’il permet, des relations plus paisibles et plus rationnelles se construisent. Ce n’est peut-être qu’une utopie, mais elle a le mérite de donner un espoir à ceux qui ne trouvent à Internet que des défauts.